186 LA REVUE SOCIALISTE rudimentaires, les plus embryonnaires avec ce que nous pouvons constater chez les races animales comme s'en rapprochant le plus. Telle est la vraie méthode scientifique, aussi bien pour les sciences morales que pour les sciences physiques, et c'est la seule qui soit légitime, rationnelle et féconde en résultats. Quand on considère l'évolution morale et sociale suivant de grandes lignes tout aussi nettement tracées et plus frappantes pour nous, que les lois du monde physique, on ne peut s'empêcher d'un profond étonnement en voyant que les hommes sont restés si longtemps sans saisir le déterminisme de tous ces phénomènes. Bien plus, quand on voit l'application empirique qu'ils en ont faite à la domestication des animaux; q11and on envisage l'évolution des sociétés amenant la formation d(;s familles, des tribus, des peuples, des nations et dans celle-ci, le groupement en castes ou corporations suivant les moyens et les aptitudes, quand on considère les faits si constants d'hérédité morale en parallélisme avec l'hérédité physique que ces faits sont de tradition populaire avant d'avoir reçu leur consécration scientifique, quand l'histoire nous montre, comme la pratique de chaque jour, l'importance que l'on attache au caractère moral de chacun au double point de vue de l'appréciation et de la prévision de sa conduite, quand, en un mot, on voit en tout temps les hommes sentir empiriquement le déterminisme moral, on reste confondu de le v0ir ignoré, nié, bafoué dans les hautes sphères des spéculations intellectuelles. .. No..is ne pouvons trouver la cause de cette anomalie que dans les profondes racines du sentiment religieux qui, sentant les conséquences défavorables pour lui de l'acceptation de ce déterminisme, fait tout pour en reculer l'avènement dans les esprits. Bien plus, ce sentiment religieux est tellement gravé au fond de nos êtres par suite de l'hérédité. il a su se mêler tellement avec un sentiment d'orgueil qui nous a fait nous com.idérer comme des êtres << à part » dans la création, qu'un des arguments principaux qu'on nous oppose est en effet tiré de la nécessité, pour la dignité humaine, d'avoir notre libre arbitre qui nous distingue des bêtes ! Ce n'est point le moment de traiter la question du libre arbitre sur laquelle nous aurons à revenir, mais ce n'est point là non plus un argument scientifique et de pareilles objections n'arrêteront pas plus les progrès de la science morale que les rétractations imposées à Galilée n'ont arrêté le mouvement de la terre ni celui des sciences physiques. L'erreur des métaphysiciens en sciences morales a toujours été de chercher, non pas ce qui est la mentalité ou la moralité, mais ce qu'elle doit être. Aussi leurs ouvrages renferment-ils moins des observations sur les faits que des règles sur ce que doive11 t être ces faits.
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