188 LA REVUE SOCIALISTE raison d'ètre de lafoi scientifique, il faut distinguer dans la Science les résultats positifs et les résultats spéculatifs; il faut différencier la foi scientifique c'est-à-dire la foi da11s le déterminisme universel qui est la conséquence de notre Expérience, et la foi en un systè111escientifique qui redevient anti-scientifique et s'égare finalement dans la foi en une person 1 e1 ou en soi-111é111e. L s rèsultats positifs sont les faits scientifiques bien et dûment constatés suivant les règles rigoureuses de la Méthode expérimentale, telle l'étincelle électrique; les résultats spéculatifs sont les interprétations que nous donnons à ces faits : par exemple la théorie des deux fluides électriques, le positif et le négatif, dont la réunion serait la cause de l'étincelle. La production de l'étincelle dans des conditions déterminées est un fait acquis, indépendant de l'interprétation de sa cause, variable avec les théories scientifiques sur !'Electricité. Aussi les applications de !'Electricité n'en ont-elles pas moins accusé de merveilleux résultats, bien que les savants ne soient nullement fixés sur la nature de l'Electricité. C'est là, nous ne saurions trop le répéter, la différence essentielle entre l'esprit scientifique et l'esprit métaphysique. Le savant s'attache aux faits et ne considère leurs interprétations théoriques que comme accessoires. C'est précisément sur cette indifférence à l'égard des théories, indifférence d'autant plus scientifique qu'il s'agit de sciences plus embryonnaires, qu'on a voulu étayer la fameuse accusation d' ùidifféreu fisme dont on espérait ruiner le crédit des penseurs assez hardis pour proclamer l'incertitude et le relativisme des doctrines et des théories et la nécessité de soumettre toute notre Connaissance au sévère contrôle de la méthode Scientifique. Le métaphysicien, au contraire, s'attache à l'idée et ne cherche dans les faits que ce qui peut confirmer sa doctrine. C'est ainsi que nous voyons encore de nos jours les Finalistes, à l'instar des Platoniciens, invoquer les faits de Transformisme, de Sélection ou mieux encore d' Evolution comme autant de preuves de la tendance de cbaque espèce à se rapprocher de son ~ype absolu de perfection. La Cause finale devient ainsi la cause de !'Evolution en mème temps que le but de la vie ; de sorte que, logiquement, la même cause qui fait tendre chaque individu à la pe,jecfion typique de son espèce est aussi la cause des anomalies que représentent les monstres; bien plus, ce type idéal de l'espèce constitue la perfection, la vérité, la beauté, c'est-à-dire le but de la vie, ' et il devient évident que la vertu et le bonheur consistent à se rapprocher le plus possible de cette perfection idéale, de sorte qu'une f1eur est d'autant plus vertueuse et plus heureuse qu'elle se rapproche davantage de son type spécifique de beauté absolue. Le nombre des Platoniciens inconscients qui raisonnent encore ainsi est beaucoup plus considérable qu'on ne pense, et plus d'une théorie scientifique en vogue de nos jours pourrait nous en offrir des exemples peu soupçon-
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