La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

181 LA REVUE SOCIALISTE « doit ètre le fait du grand nombre. Dissiper le brouillard qui aux « yeux de l'ignorant enveloppe le monde de la pensée comme celui « de la nature, substituer aux imaginations fantastiques du rêve pri- << mitif les vues claires de l'âge scientifique, telle est la fin commune << vers laquelle convergent si puissamment toutes les sciences. « Tout cela n'est pas le fruit d'une démonstration isolée; tout « cela est le résultat du regard net et franc jeté sur le monde, des habi- « tudes intellectuelles créées par les méthodes modernes. Deux voies, « qui n'en font qu'une, mènent à la connaissance directe et pragma- « tique des choses ; pour le monde physique, ce sont les sciences phy- « siques; pour le monde intellectuel, c'est la science des faits de l'es- <, prit. {RENAN: Avenir de la Science.)» Mais pour arriver à cette science du monde mental ou moral il y a plus d'une voie et chacune offre des difficultés très grandes, dans l'observation des faits d'abord, dans leur juste interprétation ensuite, et enfin dans la probation de cette interprétation par d'autres faits ou d'autres idées. La première difficulté à éviter dans l'observation, c'est d'observer sans idée préconçue, c'est de faire abstraction de soi-même pour << photographier la nature,,. De plus, il faut éviter de ne voir, de ne prendre dans un fait que ce qui peut confirmer l'hypothèse ou l'idée qu'on se fait du phénomène: il faut« écouter la nature et l'écouter jusqu'au bout, constater tout ce qu'elle répond et ne pas répondre pour elle». \Claude BERNARD). Observer, ce n'est pas seulement voir, c'est comparer, c'est se faire une idée à propos du phénomène observé : aussi, les animaux nous paraissent-ils peu susceptibles d'observation : l'enfant lui-même ne peut le faire, tant que ses sens n'ont pas été mis au point par un nombre suffisant d'expériences répétées. C'est dire que l'observation sera d'autant plus facile et d'autant plus féconde qu'elle sera faite par un esprit plus expérimenté, plus discipliné aux recherches scientifiques. La réflexion est un auxiliaire puissant de l'observation, mais c'est surtout !"esprit philosophique qui lui donnera toute sa fécondité. Le contrôle des idées par les idées ou les faits, le travail de réflexion, d'incubation intellectuelle qui se fait dans la conscience à propos d"une idée, d'un aperçu sur les choses, constitue au fond une expérimentation analogue à beaucoup d'expérimentations physico-chimiques. C'est de ce travail interne, c'est de ce rapprochement, de cette comparaison continuelle des idées et des faits que naitront souvent des aperçus, des débouchés nouveaux qui provoqueront de nouvelles recherches, entraineront de nouvelles interprétations, montreront une liaison entre des faits qui avaient p11paraître jusqu'alors tout à fait disparates. Le temps, la réflexion. les circonstances, les dispositions variables de notre esprit nous amènent sans cesse à voir les choses sous des

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