La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

180 LA RE\"VE SOCIALISTE festation de notre conscience, c'est-à-dire qu'un mode de notre sensibilité générale consistant à sentir la différence entre deux ou plusieurs sensations. Or, c'est précisément cette sensation résultant de cette comparaison qui constitue ridée que nous nous faisons au sujet de ces sensations premières ou élémentaires. Dès lors, nous ne pouvons plus être impressionnés par d'autres objets extérieurs ou par les mêmes sans continuer nos comparaisons, sans nous faire des idées, c'est-à-dire sans ètre amenés fatalement à constater l'analogie ou la différence entre nos nouvelles idées et les anciennes, ce qui constitue !'Expérience et la Connaissance qui en résulte. << L'Expérience, a dit Gœthe corrige l'homme chaque jour. » Notre vie est une expérimentation continuelle; c'est l'application spontanée, irréfléchie, ignorée de la (},féthodeexpéri/1/cnfalc qui est la véritable source des premières connaissances de l'Humanité: ceci est d'autant plus remarquable, plus "suggestif» que ces idées premières, nées des impressions sensorielles et soumises au contrôle incessant des faits, se sont formées en dehors de toute théorie et constituent dans leur ensemble le fond mème de notre mentalité : ces idèes sont devenues tellement adéquates que nous ne pouvons pas les concevoir possibles autrement que ce qu'elles sont: elles nous paraissent nécessaires, évidentes, cela tient à ce qu'elles font partie de notre organisme ou plutôt à ce qu'elles sont le résultat de l'adaptation de notre organisme au monde extérieur. Nous sommes comme des instruments de musique : nous vibrons nécessairement sous le choc physique et notre vibration se traduit aussi par un son, par le langage qui est la résonnance de notre sensation. Seulement, au lieu de ne voir dans les mots qu'une simple notation de nos propres vibrations absolument comme pour les notes de musique par rapport aux instruments, les hommes n'ont vu que leurs idées, c'est-à-dire, leurs vibrations internes dont la cause leur échappait et qu'ils ont attribuées à une cause vivante, à un principe spécial existant en eux, auxquels ils ont donné le nom d'd111e et dont ils ont fait le<< souffle de la vie» au lieu d'en faire l'expression, la manifestation, la résulta11te. Dès lors ils ont pris l'habitude de considérer cette << âme pensante» comme une réalité : ils ne se sont plus occupés que de lui attribuer des propriétés ou << facu !tés >'. L'histoire entière de !'Esprit humain est pour ainsi dire contenue dans ce premier abandon de la méthode expérimentale naturelle. Ce n'est pas une petite difficulté d'analyser la cause de cette erreur fondamentale de l'humanité. D'une part, les premiers penseurs ne pouvaient saisir dans la Nature la liaison entre les phénomènes de leur vil' co11scimte t le monde extérieur: ils se trouvaient ainsi tout naturellement portés à attribuer la vie à une cause surnaturelle ; mais d'un autre côté, une foule de phénomènes physiques devaient leur apparaitre comme également mystérieux, delà une tendance semblable à leur

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==