La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DE LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE 1 î9 l'esprit scolastique, ·considérant son idée à-priori comme 1a vérité absolue, le nec plus ultra, ne peut que piétiner sur place sans jamais avancer dans le domaine de la nature en dehors de laquelle il se jette avec une obstination qui n'a d'égale que son aveuglement. Le raisonnement scientifique, conscient, a été précédé du raisonnement empirique ou inconscient qui se fait en nous par la pratique des choses. On retrouve des traces de cette sorte d'instruction expérimentale pratique chez les natures incultes qui ont le don de l'observation et se font ainsi à la longue des idées d'autant plus justes qu'elles résultent d'un plus grand nombre d'observations. Ces idées générales, ces aperçus sur les hommes et les choses sont souvent mal traduites et il faut savoir se donner la peine de les comprendre pour en ~aisir toute la portée, d'autant plus qu'elles sont exprimées dans un langage approprié au niveau intellectuel d.u milieu où elles se produisent. Mais ces généralisations empiriques dont nous trouvons de nombreux exemples dans les proverbes, sont d'autant plus intéressantes à noter qu'elles se sont formées spontanément, qu'elles ont pour ainsi dire pris racine par leur propre force au milieu et à travers d'autres idées qui leur étaient contraires. li est, en effet, tout à fait remarquable que ces lois morales empiriques traduisent toute l'idée d'un déterminisme dans le monde moral, en opposition aux doctrines du libre arbitre qu'implique nécessairement toute idée de morale religieuse. Ceci est d'autant plus intéressant à noter que nous verrons précisément ces idées spontanées, naturelles de déterminisme moral être invoquées par les spiritualistes en raison de leur universalité comme preuves de l'innéité des idées morales et de leur caractère absolu. C'est confondre l'effet avec la cause, suivant le procédé habituel de la méthode métaphysique; c'est s'emparer d'un fait ou_d'une idée pour lui attribuer une signification déterminée, fixe, (mais arbitraire) et en faire un<( principe» sur lequel on raisonne comme s'il était réellement vrai, absolu, sans se préoccuper des faits qu'autant qu'ils peuvent confirmer ce principe. La méthode métaphysique est essentiellement artificielle et consiste avant t_outdans la prédominance de l'idée, c'est-à-dire de l'hypothèse envisagée comme vérité, sur les faits qui doivent se plier aux nécessités de la thèse s'ils veulent être pris en considération. La méthode expérimentale au contraire est naturelle, spontanée, physiologique, c'est la réalisation du procédé le plus simple et le plus spontané de l'entendement humain. Si, en effet, nous essayons de suivre le mécanisme de la formation, en notre conscience, de la connaissance que nous avons du monde physique, nous voyons tout d'abord les objets extérieurs agir sur notre organisme sous la forme d'impressions sensorielles diverses qui sont transmises au sensorium commun, enregistrées comme sensations, et successivement comparées les unes aux autres, puisque cette comparaison n'est elle-même qu'une mani-

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