La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DE LA MÉTHODE SCIE~TIFIQUE 177 morale de l'homme comme de sa vje physique ou organique, les cas pathologiques, les accidents, les erreurs, c'est-à-dire les applications de principes erronés d'éducation, de morale. provoquent autant de faits instructifs et démonstratifs pour qui sait les saisir. les classer et les rapporter à leur véritable cause en leur accordant leur vraie signification. C'est dire que presque toutes les sciences peuvent apporter leur contingent aux sciences morales; nous aurons souvent l'occasion de faire ainsi des emprunts à l'histoire de la civilisation humaine, à l'anthropologie, à l'ethnologie, à la biologie, à la médecine, etc. Aussi, pour comprendre les Sciences morales est-il beaucoup plus important d'avoir au moins pénétré le sens de toutes les Sciences naturelles, que de connaitre tout ce qu'ont pu déclamer les auteurs anciens sur la Morale et !'Ethique. C'est à peu près comme pour un médecin moderne de connaitre les Sciences physiques, biologiques et physiologiques plutôt que d'étudier l'alchimie et l'astrologie. La méthode expérimentale n'est au fond que l'application réfléchie, consciente, réglementée des procédés par lesquels l'esprit humain peu1 acquérir la Con11aissn11ce. De mème que la contraction musculaire a existé avant que nous en connussions l'existence, l'expression, et avant que nous sussions en appliquer les lois au perfectionnement des formes et à la plus grande utilisation de ses effets, de mème l'esprit humain a commencé par s'instruire expérimentalement avant d'avoir conscience des procédés qu'il employait et d'avoir appris par l'usage, c'est-à-dire par l'expérience, à réglementer, à perfectionner ces procédés sous le nom de Méthode Expérimentale. Dl! tout temps l'homme a eu la perception, la conscience des phénomènes qui se passent autour de lu) ; ce fait primordial, purement passif de la réaction consciente de l'organisme devant un phénomène extérieur constitue l'embryon, le germe de la première phase du savoir: c'est la sensation de la V11edes Choses. Mais sentir, voir les choses, c'est bientôt les comparer, c'est les observer et s'en faire une idée. L'observation e'st en effet vieille comme le monde, et c'est ainsi qu'on pourrait faire remonter la Méthode expérimentale aux àges les plus reculés : c'est là un procédé dont on abuse parfois, oubliant que ce qui caractérise la Méthode expérimentale telle que nous l'entendons, ce n'est pas le l)lOt, ni un de _ses moyens envisagés séparément, mais bien l'ensemble conscient, réfléchi, réglementé de ses procédés et pardessus tout la soumission absolue de l'esprit et de la théorie aux faits. Voir, observer un phénomène et s'en faire une idée, disserter même sur cette idée et en tirer toute espèce de conséquences, ne constitue point encore la Méthode, car il faut avant tout chercher la preuve de la justesse de cette idée et à cet effet instituer une investigation ou une expérimentation, d'où résulteront des phénomènes nouveaux qu'il faut à leur tour soumettre à l'observation et ainsi de suite, de sorte 12

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