La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

liô LA REYl'E SOCIALISTE besoin d un mot pour trouver et sentir par intuition des analogies suffisantes pour entrainer sa conviction. Un savant sait «ignorer». Mais il n'en est pas de mème pour les Esprits qui ne sont pas rompus, disciplinés aux spéculations scientifiques: il leur faut des points de repère, des jalons, des signaux, qui leur permettent de s'orienter, de se reconnaitre dans le labyrinthe de la connaissance humaine : tel un voyageur ne pourra se diriger dans un pays inconnu qu'à l'aide de poteaux indicateurs, alors qu'un indigène saura se guider mème dans le brouillard, avec un pli de terrain, un tournant de route, un arbre, une pierre. même simplement parce qu'on a appelé le sens de la direction qui parait exister aussi chez les animaux, en particulier chez le cheval, le chien, le chat. le pigeon. etc. Ainsi envisagé, le rôle des théories scientifiques est loin d'être inutile et n'offre cependant rien de compromettant pour la Science: on peut changer la place, la couleur et l'inscription du poteau sans changer le pays, et, du reste, quand le nouveau venu connait bien le terrain, il ne se sert ·mème plus du poteau, sauf de celui qui indique des choses fixes, exactes, comme les bornes kilométriques qui marquent les rapports de situation des différents points du paysage, lesquelles distances restent toujours les mèmes proportionnellement, quel que soit le mode de mensuration; il est évident que ces rapports sont encore bien plus nets, bien plus clairs, si on emploie, dans toutes les mensurations. la même unité métrique au lieu d'avoir recours tantôt au mètre, tantôt au pied, tantôt à la longueur d'une canne ou à toute autre distance fantaisiste, ce qui prouve pour les Sciences l'importance de l'unification de leurs procédés et de leurs résultats. Nous avons eu et nous aurons souvent l'occasion de montrer des exemples de la liaison du monde moral avec le monde physique. Ce n'est du reste qu'une habitude à acquérir, qu'un tour d'esprit à saisir: des lors, les rapports, les analogies, l'enchainement et la dépendance des phénoniènes physiques ou moraux sautent aux yeux tout comme pour les phénomènes psychiques ; le raisonnement, la démonstration scientifiques acquièrent ainsi dans le domaine moral la mème certitude. entraînent la mème conviction que dans les Sciences physiques. Toutefois, il ne faut jamais oublier que les phénomènes sont beaucoup plus compliqués ici que dans le monde physique, et que, plus les relations sont complexes, plus difficile sont les démonstrations: aussi, serait-ce une erreur de demander aux sciences morales des démonstrations adéquates comme en mathématiques. Mais ce serait aussi une erreur de croire que la méthode Scientifique ou Expérimentale n'est pas applicable aux Sciences morales sous prétexte qu'il n·y a pas d'expérimentation possible et conséquemment pas de probation des théories ou lois énoncées : il y a au contraire quantité de faits d'expérience, il n'y a qu'à les chercher et à les comprendre. li en est de la vie mentale et

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