La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET nE L.-\ ~llhl-TODE SCIENTIFIQUE lî5 autres, et ce sont les plus importantes comme les plus difficile~. à surmonter, proviennent du chercheur lui-même auquel il faut une attention extrême et des efforts continuels sur lui-même, une vraie discipline mentale, en un mot, qui lui permette de s'abstraire pour ainsi dir~ de sa propre pensée pour n'envisager les phénomènes qu'en eux-mêmes sans les voir avec l'idée préconçue qui a pu en provoquer la re.:herche. Les difficultés tenant à l'objet même de la recherche dans les Sciences morales proviennent surtout de la distinction essentielle que nous avons l'habitude d'établir entre le monde physique et le monde mental ou moral. C'est là un point essentiel: l'histoire est là du reste pour nous prouver que les Sciences morales restent complètement étrangères à tout esprit qui n'a pu se pénétrer de la conviction que notre existence morale est soumise à des lois tout aussi bien que le monde physique. Nous avons déjà dit qu'il ne faut pas confondre l'érudition avec l'esprit scientiÎiqL1e, c'est-à-dire avec la vraie science: c'est surtout ici que cette distinction a lieu d'être faite à chaque pas de l'histoire des Sciences morales. Ne voyons-nous pas, mème nos contempor3ins, s'épuiser en efforts stériles pour fonder une morale. scientiÎique sans pouvoir arriver à trouver autre chose que des à-priori, des 1110/s comme fondement à ces prétendues morales, et cela malgré une richesse de faits et d'observations susceptibles de recevoir une meilleure interprétation. • C'est qu'une science ne se compose pas simplement de faits ni d'observations, il faut à ces faits une liaison, il faut que l'esprit en saisisse les connpions et rapports, d'où se déduit la vérité scientiÎIq ue. C'est précisément cette liaison, cette connexion de tous les faits d'ordre psychologique, moral ou sociologique, qui manque, non-seulement dans chacune de ces branches de nos connaissances, mais surtout dans leur ensemble et enÎin, ce qui est le point capital pour leur donner droit de cité dans le domaine scientiÎique, leur connexion avec les autres sciences, en un mot, la preuve qu'elles aussi sont régies par l'universel déterminisme. Mais pour cela, il ne suffit point d'opposer quelques nouvelles affirmations scientiÎiques aux ancienne·s affirmations antologiques, il faut à l'esprit humain une conception générale de l'univers reliant scientifiquement le monde mental ou moral au monde organique et au monde physique. Un esprit vraiment scientifique pourra se passer de ce lien, de cette théorie parce que, habitué à voir en tout le déterminisme, alors même qu'il n'en peut saisir le mécanisme dans tous ses détails, et convaincu d'autre part, qu'une théorie scientifique ne peut jamais avoir la prétention d'être vraie définitivement, mais seulement d'être un moyen provisoire et commode d'envisager les phénomènes dans leur ensemble, il sait se contenter d'étudier l'enchainement et la dépendance des phénomènes soumis à son observation, sans avoir

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