La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

lï2 LA REVUE SOCIALISTE il chantait la royauté ou la république, proclamait la liberté ou approuvait le baillonnement de la presse; et qnand il était besoin d'éveiller l'attention publique il tirait des coups de pistolet: - le beau, c'est le laid est le plus bruyant de ses pétards. Il se vantait d'être l'homme immuable, attaché au devoir, comme le mollusque au rocher: mais, ainsi que tout bourgeois voulant à tout prix faire son chemin, il s'accommodait à toutes les circonstances et saluait avec empressement les pon.voirs et les opinions apparaissant à l'horizon. Embarqué à la légère dans une opération politique, mal combinée. il se. retourna prestement, laissa ses copains conspirer el dépenser leur temps et leur argent pour la propagande républicaine, et s'attela à l'exploitation de sa renommée; et tandis qu'il donnait à entendre qu'il se nourrissait du traditionnel pain noir de l'exil, il vendait au poids de l'or sa prose et ses vers. Il se disait simple de cœur, parlant comme il pensait et agissant comme il parlait; mais,ainsi que tout commerçant cherchant à achalander sa boutique, il jetait de la poudre aux yeux à pleines poignées, et mon tait constamment des coups au public. La mise en scène de sa mort est le conron nement de sa carrière de comédien, si riche en effets savamment machinés. Tout y est pesé, prévu; depuis le char du pauvre dans le but d'exagérer sa grandeur par cette simplicité et de gagner la sympathie de la foule toujours gobeuse, jusqu'aux cancans sur le mïllion qu'il léguait pour un hopital, sur les 50 mille francs pour ceci, et les 20 riülle pour cela, dans le but de pousser le gouvernement à la générosité et d'obtenir des funérailles triomphales sans bourse délier. Les Bourgeois apprécièrent hautement ces qualités de Hugo, si rares à trouver réunies chez un homme de lettres : l'habileté dans la conduite de la vie et l'ordre et l'économie dans la gestion de la fortune (l). Ils reconnurent dans Hugo, couronné de (1) Un bout de conve:·sation saisi au vol dans la foule du premier juin. Premier bourgeois. - Hugo, demit ètre diantrement riche pou!' que l'Etat lui fasse de telles funérnilles: ce n'est pas pour un génie pauvre qu'il ferait tant de dépenses. Deuxième bourgeois. - Vous avez bien raison. Il laisse, dit-on, cinq millions. Premier bourgeois. - Mettons cn trois, car on exagère toujours, et c'est bien beau. Il faut aYouer qu'il était plus intelligent que les hommes de gènie, qui ne savent jamais se retourner et ne !:lissent jamais de fo1·tune. Le Temps du 4 St.'ptembre 18S5 fournit les renseignements suivants sur la fortune d~ Hugo : « La succession liquidée de Victor Hngo s'élève approximativement à la somme de cinq millions de francs. On pourra se faire une idée de la rapidité

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