La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

L.\ LÉGE;-;-PE DE YICTOR HUGO lïl ils châtrèrent la langue parlée et écrite de plusi0urs milliers de mots et d'expressi'ons qui ne lui ont pas encore été restitul'.·s. Hrureusement que Chùteaubriand, suivant l'exemple donné par les royalistes des Actes des aprJt>·es qui avaient soutenu le trùne et l'autel dans le langage des halles, défendit, au grand scandale des puristes. la réaction et la religion avec la langue et la rhétoriqno enfantées par la rl'.•rnlution. Le succès d'.Atala, du Oenie âu cll1•islicmis,11e, des M(frtyrs fut immense. L'honn0ur d'avoir dans cc sièclE', non pa. créé, mais consacré littérairement la langue romantiqne appartient à Chàtcaubriand, qui fut le maitre de Yictor Hugo. ~lais Chàteaubriand ù l'exception d'une petite chanson fort connue, 0t d'une pièce de thN1.tre ju tement inconnue, n'écrivit qu·on prose. Il restait encore ù briser le moule du vers classique, à as~ouplir lC'ver~ ù une nouvelle harmonie, à l'enrichit· d'images, d'expre sions et de mot que possédait déjù. la prose courante et à ressusciter les vieilles formes dela poé~io française. Yictor Hugo, Lamartine, Musset, Vigny, Gautier, Banville, Baudelaire et d'autres encore se chargèrent dr celte tùchc. Hugo, aux yeux du gros public, accapara la gloi1·c de la pléïadc romantiqu0, non parcequïl fnt le pins grand poète, mais parcoquc sa poétique embrasse tous lrs genres et tous les suje~i;, de l'ode à la satire, de la chan on d'amouraupamphletpolitiq11c: et parceque, il fut le seul qui mit rn Yers les tirades charlatanesques de la philanthropie et du libl'.·rali ·me bourgeois. Partout il se montra virtuose habile. Ainsi que les modistes et les couturières parent les mannequins de leurs étalages des vètements les plus brillants, pour accrocher l'œil dn passant, de mème Victor Hugo costuma les idées et les sentiments que lui fournissaient les bourgeois, ù'nnc phraséologie étourdissante, calculée ·pour frapper l'oreille et provoquer- rahnrissement; d'une phraséologie grandiloquente, harmonieusement rythmée et rimée, hérissée d·antithèscs saisiss.antes et éblouissantes, d'épithètes fulgurantPs. Il fut, après Chù.teaubriand, le plus grand des étalagistes de mots et d'images du siècle. Ses talents d'étalagiste littéraire n·eurent pas suffi pour lui assurer cette admiration ùe t:onfiance, si universelle; ses actes, plus encore que ses écrits, lui valurent la haute estime de la bourgeoisie. Hugo fut bourgeois jusque dans la moindre de ses actions. Il sP,signait dévotement devant la formule sacramentelle du romantisme: - l'art pour l'art; mais, ainsi que ~out bourgeois ne songeant qu'à faire fortune, il consacrait son talent à flatter les goûts du public qui paie, et selon les circonstances

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