La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

170 LA RE VUE SOCIALISTE Hugo, ne sedisti11gne ni par les idées, ni par les sentiments. mais par la forme; il en était conscient. La forme est pour lui la chose capit_ale. «Otez, dit-il, à tons ces grands hommes cette simple et petite chose, le style, et de Yoltaire, de Pascal, de Boileau, de Bossuet, de Fénelon, de Racine, de Corneille, de Lafontaine, de .:\Iolièrc, de ces maitres, que vous restera-t-il? - Cc qui reste ù' Homère après avoir passé par Bi tau bé·. » - La vérité de l'observation et la force et l'originalité de la pensée, sont choses secondaires, qui ne comptent pas.-« La forme est chose plus absolue qu'on ne pense ... Tout art qni veut vivre doit commencer par bien se poser à lui-même les questions de forme, de langage et de style ... Le style est la clef de l'avenir ... Sans le style yous pouvez avoir le succ,~s du moment, l'applaudissement, le bruit, la fanfare, les e-ouro11nes, l'acclamation enivrée des multitudes, vous n·anrez pas le vrai triomphe, la vraie gloire, la vraie conquête, le vrai laurier. Comme dit Cicéron : insignia üctoriœ, non 1:icto1•iani. » (1) Victor Cousin, le romantique de la philosophie, et Victor Hugo, le philosophe du romantisme, servirent à la Bourgeoisie l'espèce de philosophie et de littérature qu'elle demandait. Les Diderot, les Yoltaire, les Rousseau, les Dalembert et les Conùillac du XVIIIe siècle l'avaient trop fait penser pour qu'elle ne désirù.t se reposer et goùter sans cassements de tète nne douce philosophie et une sentimentale poésie, qui ne deYaient plus mettre en jeu l'intelligence, mais amuser le lectenr, le fransporter dans les nuages et le pays des rèYes, et charmer ses yenx. par la beauté et la hardiesse' des images, et ses oreilles par la pompe et l'harmonie des pt'~riodes. La. révolution de 1780 transplanta. le centre de la vie sociale de Yel'sailles ù Paris, de la conr, des salons, dam, les rues, les cafés el les assemblées populaires. Les,iourna.ux, les pamphlets, les discours étaient la littc•raturc de l'c'•poque. Tout le monde parlait et écrivait et sans nulle gt-.ne piétinait sur les règl0s du goùt et de la grammaire. Un peuple de mots, de néologismes, d'expressions, de tournures et d'images, venues de toutes les provinces et de toutes les couches sociales, envahirent la langue polie, élaborée par deux. siècles do culture aristocratique. Le lendemain de la mort de Robespierre, les grammairiens rt les puristes reprirent la férule arrachée de leurs mains etse mirC'nt ù l'œuvre pour ex.pulser les intrus et réparer les brèches de la langue du XY[I[• siècle, ouvertes par les sans-culottes. Ils réussit·e,1tc'n partie ; et imitant les précieuses de l'hùtel Rambouillet, (l) VtcToR Huao. Philosophie et littérature mêlées 18:31. p. ~7-cl9-Z:>C-3l.

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