La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

168 LA REVUE SOCIALISTE Victor Hugo est mort sans prêtres, ni prières ; sa11sconfes:. sion ni communiôn, les catholiques en sont scandalisés; mais les gens à Bon Dieu, ne peuvent lui reprocher d'avoir jamais eu une pensée impie. Son gigantesque cerveau resta hermétiquement bouché à la critique démolisseuse des encyclopédistes et aux théories philosophiques de la science moderne. En 1~31, un débat scientifique passionna l'Europe intellectuelle: Cuvier et Geoffroy St-Hilaire discutaient sur l'origine ot la formation des êtres et des mondes. Le vieux Gœthe, q_ue Hugo appelle dédaigneusement « le poète de l'indifférence», l'àme remplie d'un sublime enthousiasme, écoutait raisonner ces deux puissants génies.- Hugo, indifférent à la philosophie et à la science, consacrait son « immense génie» qui « embrassait dans son 1mmensité le visible et l'invisible, l'idéal et le réel, les monstres de la mer et les crt'.•atures de la terre ... » à bascnler la « balance hémistiche n et à rimer nombril et avril, juif et suif, gouine et baragouine, Marengo et lumbago. Trente ans plus tard, Charles Darwin reprenait la théorie de G. St-Hilaire et de Lamark, son maitre; il la fécondait de son vaste savoir et do ses découvel'Les géniales; et, triomphante, il l'implantait dans la science naturelle et renouvelait la conception humaine de la création. Hugü, « le penseur du XIXe siècle>>, que les hugolàtres nomment «le siècle de Hugo»; Hugo, qui portait dans son crùne « l'idée humaine>> vécut indifférent au milieu de ce prodigieux mouvement d'idées. Il poeta srnTrow, qui passa la plus grande partie de sa vie à courir dans les catalogues de vente et les dictionnaires d'histoire et de géographie, après les rimes riches, no daigne pas s'apercevoir que Lamarkisme, Darwinisme, Transformisme, rimaient plus richement rncore quo failll et geaové(aili. VI On se souviendra de la débauche d'hyperboles de la presse parisienne. qui dura dix: longues journées. Dl•,iàon commence à revenir de cotte exubérance d'admiration forcée; et l'on arrivera bientùt à considérer ces jours d'enthousiasme 0t d'apothéose, comme un moment do folie inexplicable. et d'être peu lu, il le sera de moins en moins, autrement il y aurait beau jour que le Sièl'le et Léo Taxi! auraient étc forcés de le laisser pour compte aux catholiques.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==