La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA LÈGE?<DE DE VICTOR HUGO 1Gi ùne foi ardente s'éveille sùbitement dans son 1:i,mel,e jour mème qne le tl'on•~et, l'autel, l'un supportant l'autre, sont replacés sur leurs pieds. 11 étrangle alors son Voltairianisme et chante la religion catholique, ses pompes et ses pensions (1). Les légitimistes· ne reconnaissent-ils pas là le signe certain d'une foi sincèrement opportuniste? Ils se montrent exigeants à, l'extrême, quand ils demandent que ce catholicisme d'occa~ion survive aux causP.s qui l'avaient engendré. Ils n'avaient qu'à rester les maitres du pouvoir, pour que Hugo conservât jusqu'à sa 33me année, la foi au Dieu des prêtres: mais il dùt se rendre à l'évidence et suspendre son culte pour ce Dieu qui cessait de révéler sa présence réelle par la distribution de pensions. C'est ainsi qu'un banc1uier coupe le crédit de son client ruiné, filant sur la Belgique. La Révolution de 1830 mit à la mode Voltaire et la libre pensée; Viet.or Hugo, ce tourne-sol, qne sa nature ~ondamnait à tourner ver.:;le soleil, déposa, comme une cuisinière, son tablier, son légitimisme et son catholicisme de convenance. Il avait de nouveaux maîtres à satisfail'e. Il adora le Dieu cles bonnes gens de Béranger et brùla .Jéhovah, le Dien farouche et sombre, qui cependant convenait mieux à son ceneau romantique. Ce changement de Dieux prouve la sincérité de son déisme. Il lui fallait à tout prix un Dieu; il en avait besoin pour son usage personnel, pour l\tre un prophète, pour être un trépied (2). Il ~'éleva sans difficulté jusqu'au niveau de la· grossière irréligion de ses lecteurs: car on ne lui demandait pas de sacrifier les effets de banale poésie que le romantisme tirait ùe l'idt.'.•e de Dieu et de la Charité chrétienne, sur qni les libres-penseurs se déchargent du soin de soulager les misères que crée leur exploitation; il put mèmc continuet· il-faire l't'.•loge du prêtre et de la . religieuse, ces gendarmes 11Jorauxque la bourgeoisie salarie pour eompléter l'œuvre répressive du sergot et du soldat (3). (1) Dans une épître en vers de 181~, mais publié en 1863, Hugo dit en parlant de lui-mêmP <<... J'ai seize ans ... Je lis l'Espi·it des lois et j'admire Voltaire.>: Victor Hugo rac. Tome 1. 308). (2) « Le Poète est lui-même un trëpied. Il est le trëpieù de.Dieu.,> William Shahesveai·e, par V. Hugo, p. 53. (3) «Rienne sc·pénètre, ne s'amalgame plus aisément qu'un vieux prêtre et un vieux soldat. Au fond c'est le même homme. L'un s'est dcvoué pour la p1trie d'en bas: l'autre pour la patrie d'en haut; pas d'autre différence.» (Les M iséraùles). << li n'y a pas d'œune plus sublime, p<'ut-ètre, que celle que font Cc'S tunes (les religieuses). Et nous ajouton,:: il n'y a pas dP, travail plus utile. Il faut ceux qui prient pour ceux qui ne pricntjamais,p (Les lvlisfrables). Victor Hugo a P.U Iï1c11rcuse chance d'être beaucoup acheté, -ce à. quoi il tenait surtout,

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