LA LtGENDE DE VICTOR HUGO lü5 pas étonner, si lors de la publication de la« bible socialiste>> de Hugo, les Miserables. il ne se soit trouvé que Lamartine vieilli pour se scandaliser, que, treute ans après Eugène Sue, « le seul homme, qni selon Th. de Banville avait quelqne chose à dire», osât s'apitoyer sur un homme envoyé aux galères pour le vol d'un pain et sur une pauvre fille se prostituant pour nourrir le bàtard du bourgeois qui l'a abandonnée enceinte. C'était en effet vieillot et enfantin. Mais là où Victor Hugo étale grossièrement son esprit bourgeois, c·est lorsqu'il personnifie ces deux institutions de toute société bourgeoise, la poli<.:e t l'exploitation, dans deux types ridicules: Javert, la vertu faite mouchard et Jean Valjean, le galérien qui se réhabilite en amassant eu quelques :rnnées une fortune sur le dos de ses ouvriers. La fortune lave toutes les tàches et tient lieu de toutes les vei·tus. Hugo, ainsi que tout bourgeois, ne peut comprendre l'existence d'une société sans police et sans <'xploitation ouvrière. L'adoration du Dieu-Propriété c·esl la religion de Victor Hugo. A ses yeux, la confiscation des biens de la famille d'Orléans est un des plus affreux crimes de Kapoléon III. Et s'il avait été membre de l'assemblée de Versailles, il aurait, sur la proposition de M. Thiers, voté les 50 millions d'indemnité aux d'Orléans, par respect pour la propriété. Sa haine des socialistes, qu'il dénonça si férocement en 18-18, est si intense, que dans sa classificatiou <lesêtres, qui troublent la société, il place au dernier échelon Lacenaire, l'assassin, et immédiatement au dessus, Babœuf, le communiste (1). Des gens qui seraient de la plus atroce mauvaise foi, s'il::; n'étaient des ignorants et des oublieux, ont prétendu que l'homme qui, en Novembre 1848, écrivait que<<l'insurrection de Juin est criminelle et sera condanrnée par l'histoire, comme elle l'a été par la société .... ; si elle avait réussi, elle n'aurait pas • consacré le travail, mais le pillage,» (Evène1nent, n° 94) que cet homme avait déserté la cause de la sacrée propriété et pris • la défense de l'insurrection du 18 mars. Et cola parce qu'il avait ouvert sa maison· de Bruxelles aux réfugiés de la Commune. Mais dans sa bruyante lettre, tout chez Hugo est réclame, et plus tard dans son Annee terrible, n'a-t-il pas protesté avec indignation contre les actes de guerre de la Commune; n'a-t-il pas injurié les Communards aussi violemment qu·autrefois les Bonapartistes, les stigmatisant avec les épithètes de fusilleurs d'enfants de quinze ans, de voleurs, d"asrnssins, dïncendiaires? (l) « Plus bas que Ma.rat, plus bas que BaùCPuf, il y a la dcrniëre sape et de cette cave sort Lacenaire.» Les Misé1•ables. Toll)e VI, p.a 6 e ül-62.
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