161 L.\ H.E\"UE SOCI.\LISTE bien-aimé Yacqucric, qni ne pouvant se tncr sur son catafalr1ne ainsi que lrs scrYitcurs sur les bùchers des héros antiques voulut <\trr enseveli en effigie dans le tombeau du maitre. Le poète était digne d'un tel sacrifice: Hugo fut en effet un héros de la phrase. La révolution de 1818 lança dans la langue honnête et modérèe un peuple non veau de moLs; depuis la réaction littéraire commencée sous le consulat,ils dormaient dans les discours, les pamphlets, les journaux. et les proclamations de la grande époque rérnlntionnairo et ne s'aventuraient en plein jour que timidement, dans le langage populaire. Les bravaches du romantisme, les Janin, les Gauthier, reculèrent, épouvantés; mais Hugo ne cligna pas de l'œil, il empoigna les substantifs et les adjertifs horrifiants, qui envahissaient la langue écrite dans les journaux: rt parlée à la tribune dès assemblées populaires; et prestidigitateur merveilleux il jongla à étourdir les badauds, avec les immortels principes do 1780 et les mots tei11ts encore du sang des nobles et des prêtres. Il ouvriL alors an romanl,isme une carrièrr qu'il fut seul à parcourir; ses compagnons lil,tl'.•rairrs de 1832, plus timides que les bourgeois dont ils s'éLaicnt moqués, n·os,~rent pas suivre celui quïls appelaient leur maîtrr. Victor Hugo, lui-même, semble avoir été intimidé par les expressions révolutionnaires qu'il maniait et dont il ne comprenait pa. exactement le sens. Il Youlut s'assurer de n'avoir commi., par erreur, même en peu. éc, do péché socialiste; il fit son examen de con cicnce dans son autobiographie et il se co11vainquit que lui qui avait écrit sur les pauvres gens, la misère, et autres sujets de compositions rhétoriciennes, des tirades à paver le Palais-Bourbon, il n'avait demandé qu'une seule érforme sociale, l'abolition tle la prin0 de mort« la pr0mièrc de tonLt•, - pruL-ètrc » (1). Et encore il pouYait so dire qu'il n'avait faiL que suivre l'cxrmplc de tous les apùtrcs de l'hurnanitai1·ir, cl0pui-; GuizoL _jnqu'ù, Louis-Philippe; et que tout d'abord il n·avaiL r11visc1gé la peine dr morL qu'c't un point de YUCl'iLtérairc et fa.11Laisi::;Lceo,mme un excellent thème à déclamaLions vcrbeuses,à ajouter aux. cc croix de ma mère» - << la voix dn sang » et autres tr11c:sdu romantisme qui commençaient à s'nser et à p0rdre leur action sur le gros puj)lic. Un socialisme qui se limite à cette réforme sociale pratique: l'abolitio11 de la peine do mort, n'est de nature qu'à inquiéter les bourreaux, dont il menace les droits acquis. Et cela ne doit (1) Victoi· Hugo raconté, etc. Tome 11.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==