La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

R{ACTION ET PROTECTION 133 profitent du libre-échange, parce qn'elles ont besoin de s'approvisionner iL bon marché; les- nations riches profitent parce qu'elles ont besoin d'écoulet facileme11t leurs produits. Bastiat ajoute que la liberté commerciale est toujours avantageuse, puisqu'on n'importe que ce qÙ'on produirait .'L plus grands frais, et qu'elle doit ètre consacrée sans condition de réciprocité: cc La réciprocité est un sophisme ... Protection- « nisme et sisyphisme sont des termes équivalents, car c'est se << donner à plaisir le labeur ingrat de Sisyphe que de vouloir cc produire chèrement des choses que le libre-échange permet cc d'obtenir iL moins de frais.» - Stuart Mill répond indirectement à Bastiat en faisant inter·venir la loi de l'offre et de la demande.- Les produits s'échangent seulement contre des produits. Donc, chaque nation a avantage à augmenter son pouvoir d'échange, 0·est-à-dire ù cohnaître ses articles d'exportation, à saYoir les produits qu'il doit importer. - Donc la réciprocité n'est pas un sophisme, donc une certaine direction de la production est nécessaire, tant pour encourager les fabrications susceptibles d'améliorer les conditions d'offre et de demande, que pour défendre ces dernières par des mesures douanières modt;rées, et pour les utiliser par des convèntions diplomatiques. En pratique les libre-échangistes ont toujours été transactionnels et ont dù chercher un terrain commun d'entente avec les protectionni~tes modérés, ce à quoi ils ne sont d'ailleurs à peine approximativement arrivés que deux fois en ce siècle, en Angleterre gràce à Cobden, à l'anti-cm·nlaw-league et aux free t1·aclen, et en France en 18G0. Auparavant les hommes d'Etat de tous les pays ont été très protecteurs, et nous le concevons, car chacun d'eux avait principalement pour btit, d'abord de favoriser l'éducation industri_elle de son pays, ensuite de développer d'une manière harmonique se3 force3 productives. Malheureusement les expériences des gouvernements, tes essais nationaux de centralisation économiq ne n'ont pas toujours été heureux. A cause des prohibitions, tarifs et entraves, des traités plus ou moins violés, à cause de la lutte pour les possessions lointaines et les débouchés commerciaux, des fleuves de sang et de larmes peu vent aujonrJ'hui être étuùiées, analysées et appréciées par les historiens et le3 économistes.- Nous n'en estimons pas moins indispensable le développement harmonique et progressif des forces productives nationales, à cause des liens de solidarité qui les unissent et de la nécessité d'une certaine cohésion économique pour toute nation normale; et ici nous pourrions produire comme argumentation complémentaire la raison invoquée par M. de Laveleye en faveur du travail à

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