La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

RÉACTION ET PROTECTION 131 nations,fausses idées qui ont produit les trois quarts des guerres et des spoliations que nous raconte l'histoire, les infamies de la diplomatie, les haines nationales aussi stupides que barbares, ra ppau vrissemen t, la démoralisation, l'asservissement des peuples. Les intérèts des religions. ceux des dynasties, les prétendus intérèts d'honneur des penples, les questions de dignité, d'influence, de sécurité, n'ont été, ù beaucoup d'égard, que des intérêts matériels des castes influentes, que des intérêts commerciaux mal entendus au point de vue des peuples et des naLionalités. La vieille politique d'accaparement de LerriLoires, de Jominatiou et d'oppression de races, de possessions lointaines et d'exploitations coloniales est proche parente des Yieilles idées de haine, de r<'.•pulsioncommerciale, de prohibitio11 économique. Aussi ne sommes-nous pas étonn<'.•sclr voir l\lM. Ferry eLM{·line vouloir faire de la France le camp retranché du prolectionnismc à outrance. Libre-Echangistes et protectionnistes entendent poursuivre la vraie tin de la politique qui est, suivant l'expression de Bossuet lui-même, de rendre la vie plus commode et les peuples plus heureux. Chacun se croyant en possession de l'unique vérité, il est difficile de se reconnaitre au milieu des difficultés soulevées par les avocats des intérèts, les partisans des systèmes, les défenseurs des théories.- Cependant, tout en tenant compte de la relativité des choses de cc monde, la plus ou moitis grande tendance des gouvernements :'t rapprocher les rapports internationaux vers la liberté commerciale on simplement même v11rs la diminution des erreurs économiques dans l'esprit des masses et de leurs représentants, ne· pourrait-elle pas être un critérium pour apprécinr le degré d'intelligence et de moralité des gouvernements? - « La voie du commerce libre, disait Turgot, est pour fournir aux besoins du peuple, la plus sûre, la plus prompte, la moins dispendieuse et la moins sujette à inconvénients.» Les protectionnistes out l'honneur immérité de compter parmi eux M. de Laveleye. L'illustre économiste belge est protectionniste en effet, et voici son meilleur argument : « Supposons « que l'Allemagne fournisse pour cinq millions la même quan- « tité de toile qu'elle payait 10 millions à ses fabricants indigè- « nes. La Belgique gagne donc à ce marché 5 millions, mais les « ouvriers qui faisaient la toile sont tous sans travail. Ils « devront donc émigrer ou mourir. La moitié, il est vrai, pourra « être employée au moyen des 5 millions économisés sur la <( toile, mais à coridition que les consommateurs trouvent dans

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==