120 LA REYUE SOC'I.\LISTË mations succcssires, individuelle et héréditaire, à mesure que les besoins d'une population croissante imposaient une culture plus intensive. On trouve dans cet exposé des chapitres du plus haul intérêt. Comment sont constituées les communautés de village en Russie, quels sont les effets économiques du mir russe, quel est le caraclèl'e des allmenden en Suisse, des bien communaux en Belgique, en France, de la propriété foncière au Japon, en Grêce, à Rome, quelle est l'origine de l'inégalité de la propriété foncièl"c, etc., autant de questions que l'auteur élucide arec une richesse d'informations incomparable. l\I. de Laveleye n·a pas de peine a démontrer que le clominium exclusif, personnel, héréditaire, appliqué à la terre, est un fait relativement récent. C'est à Rome que, pour la première fois, apparait le droit absolu exercé sur le. sol. Au moyen-ùge. dans le système féodal, la propriété n'a plus ce caractère. Elle est une rémunération pour certains senices réndus. Le fief est le traitement attaché à une fonction. En principe il n'est pas héréditaire; il est conféré à rie, et celui qni en jouit doit. en échange, porter les armes, maintenir l'ordre, rendre la justice. La propriété individuelle du majorat a également un caractère social très prononcé. L'individu qui la détient n'en a que la jouissance riagère; il n'en peut disposer, parce qu'elle est destinée à maintenir la famille qui, arec ses sourenirs, sa grandeur. ses devoirs héréditaires. e t considérée comme l'élément t:onstitutif de la nation. Aujourd'hui la propriété a été dépouillée de tout caractè1·e social. Privilège sans obligations, sans cntrares, sans réserres, elle semble n'arni1· d'autre but que <l'assure!' le bonheur de l'indiridu. C'est ainsi qu'on la conc;oit et qu'on la définit. li semble qu·ellc ne puisse exister que sous cette forme unique, celle que nous royons en rigueu1· autour de nous. C'est là cc que l\I. de Lareleye ne peut admettre: « Pui.·- que l'organisation sociale, dit-il, a subi de si profondes modifications à trarers les siècles, il ne doit pas ètre interdit de rechercher des anangements sociaux pins parfaits que ceux que nous connaissons». Théoriquement, il considère la propriété comme un droit naturel, inhérent à la nature humaine. Il y aurait beaucoup à redire sur cette théorie du droit de propriété. Celles qui font déri,·er la légitimité de la propriété du travail et de l'utilité générale, nous semblent beaucoup mieux fondées. Quoi qu'il en soit, les conséquences que tire l'auteur de sa conception de la propriété n'en sont pas moins fort remarquables: « Il s'en suit. dit-il, que dans toute société organisée conformément au droit naturel ou plutôt rationnel, tout homme derrait posséder, au moins Yiagèrement, non précisément un lot de terre, comme sous le régime exclusivement agricole, mais l'instrument dr trarail, c'est-à-dire la terre pour l'agriculteur, l'outil pour l'artisan, ou une part de l'usine pour l'ounicr de la grande industrie ... » Cc sont là cle simples indications. l'auteur n'ayant pas d'ailleurs la prétention de nous donner un plan de réforme sociale. Je disais en commenc;ant quel\[. de Larcleye est un écrivain clairrnyant. Je ne puis mieux faire, pour prou,·er cette assertion, que de donner quelques passages de la préface très remarquable clu livre dont je riens d'indiquer la conclusion : « La destinée des démocraties modernes est écrite d'arance dans l'his-
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