La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

iü2 LA ttEYt;E SOCl.\LIS'tE rations, hélas! trop compréhensibles - n\,scnt pas se plaindre. L'Uni\'ersité a elle aussi sa discipline comme !'Armée. La triste vie que celle du maitre d'école, de l'adjoint-instituteur! Eli,, pourrait cependant offrir de nobles consolations, cette existence si humble, si l'on \'Oulait enfin comprendre le nai rùle de l'instituteur; mais, la sacro-sainte routine administratirn s'y oppose. Il est si commode d'imposer un programme uniforme immuable, il parait si just" d'embrigader les hommes, de détruire en eux sous prétexte d'ordre toute initiative, to:ite velléité d'action personnelle. L'essentiel est que l'ensemble paraisse avoir l'allure désirée, là comme au régiment qu'importe que cette organisation soit le triomphe des médiocrités, tout rn bien puisque à l'œil tout semble bien aller. On dit qu'il a été fait beaucoup pour l'instl'Uction ces dernières années; pour l'éducation, on n'en parle pas. - Est-ce vrai? Pas autant que les pontifes de l'administration le proclament. Ils ont beau ressasser leurs lieux communs, nous ne sommes pas convaincus. De la poudre aux yeux, tout simplement, ces réformes tant prônées. Il ne suffit pas d'étaler menteusement des programmes plus ou moins neufs, il faut que l'instituteur d'abord soit libre, choisi entre les meilleurs, pénétré de son de\'Oir, qui est d'élever des enfants, pour en faire des hommes, des citoyens dignes de ce nom; il faut qu'entre les enfants et lui, il s'établisse des affections durables. des amitiés sincères; il faut que l'enfant trou1'e en son maitre, un frère ainé, indulgent et doux, qui le persuade de la vérité sans l'imposer jamais. li faut pour les instituteurs un recrutement sévère, intelligent; du choix des maitres, dépendent tous les résultats à acquérir; non seulement on doit prendre des hommes instruits, mais des hommes à tous points recommandables par leur caractère. Laissez-les libre ensuite, ne tentez pas de détruire leurs tentatives et leurs efforts personnels, ceux qu'on aura su choisir ne tarderont pas à se pénétrer de la grandeur de leur mission, ils l'aimeront, ils y donneront toutes leurs forces. - Ah! bien plus noble profession que celle des armes, celle du maitre d'école qui sait son devoir et qu'on laisse agir. i\lais laissons conclure M. Théodore Chèze. Cc que ,·oit son héros le voici: « L'instruction niveleuse d'intelligences finissant par devenir une intellectuelle faiseuse d'anges, une a\'Orteusc jurée. Pour affiner les esprits des brutes ... une armée d'esclal"Csà laquelle on a confié la mission de former des hommes libres. - L'école, une immense fabrique soigneusement montée par la bourgeoisie, produisant à son profit une usine monstrueuse où l'on inculque à tous le respect de la possession pour la plus grande tranquillité de l'oligarchie possédante et où l'on apprend à chacun qu'il est noble, digne et grand d'aller se faire tuer ici ou là, n'importe où, au premier mot, au premier geste, afin qu'elle puisse vivre heureuse, dans sa béatitude cligérante d'ogresse accroupie sur des monceaux d'or graissés de sang. - On y montre la tuerie cornme une chose noble. On borne les cerveaux d'une idée de patrie mesquinisée. Une calotte de plomb sur le cerl"Cau, une corde enroulée à la bouche, un bandeau mis sur les yeux, telle est l'instruction actuelle. L'école qui devrait être l'antichamlJrc propre du palais social en est la cuisine ignoble. >

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