La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

i0 LA REVUE SOCL\LISTE ' néral. Après la peste de 13118i,l y eut une grande reprise de travail, et les ouvriers dont le nombre avait singulièrement diminué par suite du fléau, purent s'entendre pour réclamer des salaires très élevés. Des ordonnances intervinrent pour fixer des salaires maxima. En Angleterre la répression triompha sans conteste, mais en Allemagne elle provoqua des grèves presque endémiques au x1v• et au :-\..·• siècle. La grève, éclatée en 15i1, des ouvriers imprimeurs de Lyon, qui moti\·èrent de sanglants édits de François I•r, a laissé des souvenirs chez tous nos historiens. ~loins connue, et aussi digne de l'être pourtant, est la grè\·e des 0uvricrs fabricants de bas <le laine qui eut lieu en lï:!4, causée par la dépréciation croissante des espèces à la suite des échecs <lu système de Law. Il y eut ici une véritable coalition: « Ils ont menacé de coups de bit.on ceux d'entre eui.:.qui prendraient. de l'ouvrage à moindre prix, et ils ont promis un écu par jour à ceux qui n'auraient pas d'ouvrage et ne pourraient vivre sans cela. Pour cet effet, ils ont choisi entre eux un secrétaire qui avait la liste des ouvriers sans travail et un trésorier qui distribuait la pension. Ceux-là demeuraient dans le Temple, ils profitaient du besoin qu'on a d'eux et faisaient les séditieux. On s'est plaint au contrôleur général et on en fait mettre une douzaine, ces jours-ci, en prison et au pain et à l'eau (1). >> Plus considérables furent, dix ans et vingt ans après, les grèves des ouvriers en soie de Lyon. Blies devinrent si menaçant.es que le prévôt des marchands renouvela les anciennes ordonnances et prohiba, sous peine mort, toute assemblée illicite. Le gouvernement se mit entièrement à la disposition des patrons, et la répression fut terrible contre les ouvriers grévistes vaincus. Il y eut des exécutions capitales et de nombreuses condamnations aux galères. C'est le lieutenant général, vicomte de Lautrec, qui fut chargé de cette belle besogne. Cependant, ni l'échafaud ni le bagne ne purent déterminer les ouvriers lyonnais à renoncer aux grèves, et de nouvelles grèves éclatèrent en 1732, 1778et l78li. Lyon méritait déjà le jugement que, après les soulèvements ouvriers et républicains de l831-183i, porta sur elle l'économiste Adolphe Blanqui: « Nulle cité manufacturière en France, disait-il, n'a été déchirée par des discussions plus terribles et n'a posé des questions plus difficiles aux économistes et aux hommes d'État (2). » Ainsi, même au temps de la peiitc industrie de métiers, les ouvriers {l) T11. M ,1..,PEI\T : Jo111·1wlde8 Jiuinomi,te.,, 1872. (2) Rappol't sur la situation clc~ l'/a~ses ouorièl'esen 1818. Comptes rendu, ,te l'Académie des sciences morale, et politiques .. \nuée 1S19.

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