La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

i31 LA HEYUE SOCIALISTE française de 1789. Dès cette époque, le Notariat, fonction publique. est devenu une chose du commerce. C'est cette vénalité, qu'on rétablissait, sans oser la nommer, qui est grosse des conséquences les plus fâcheuses. Le 30 juin 1837, le ministre des finances disait it la Chambre:<( De tous les sacrifices que les matheurs des temps ont forcé « de faire, en 1816, il n'en est pas de plus onéreux, de plus « funestes, que celui qui. pour un très petit avantage pour le « trésor, a créé la vénalité des charges, et amené les consé- <( quences que tout le monde déplore, et le gouvernement plus « que qui que ce soit.» Dans la même séance, un député disait: « depuis que j'ai « l'honneur de siéger dans cette enceinte, il n'est pas un mintstre « qui ne m'ait dit que le rétablissement de la vénalité des « offices par la loi de 1816, était une véritabll' plaie.» Dès lors, les études de notaire sont entrées en plein le domaine de la spéculation: elles n'ont plus été rech comme un honneur, mais comme un moyen de gagner , :Arie, et de faire fortune. Les notaires forment des corporations 'distinctes, établies par arrondissement. Chacune a fait le tarif de ses actes, tarif tout conventionnel, car la loi n'en reconnaît aucun. Tout notaire achetant une étude, n'a plus qu'un but: faire tout son possible pour ne pas en laisser péricliter la valeur; faire de même pour augmenter cette même valeur. De suite après la loi de 1816, la demande ayant été supérieure 11 l'offre, les prix des études ont augmenté de valeur, et ont fortement été majorés. Néanmoins, jusqu'au milieu du régime impérial, le mal n'a pas été trop sensible; mais. de cette époque, la fortune publique a commencé à se déplacer; la richesse mobilière a pris la place de la richesse immobilière ; les immeubles ruraux sont tombés à rien, comme conséquence de la crise agricole. Les ~tudes des campagnes et des petites villes, les plus nombreuses, ont perdu de leur importance. • Leurs pr0duits ont baissé, et le nombre des candidats à toutes les carrières libérales a augmenté. Les professions manuelles, surtout celles qui demandent_ un certain déploiement de forces physiques, sont de plus en plus délaissées, grâce malheureusement, il la diffusion mal comprise et mal appliquée de l'instruction, et à ce préjugé déplorable de croire à une infériorité sociale, lorsqu'on ne se sert pas des doigts, autrement que pour tenir une plume. j'ai dit que ces produits ont baissé, malgré l'élévation des tarifs que se font les notaires ; j'ajoute que les prix des offices atteignent des prix insensés, et que la vie matérielle est devenue bien plus chère ; et cependant on ne se contente plus de vivre modestement ; le travail n'est plus le but de l'existence, mais un moyen de faire fortune, de la faire très-rapidement.

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