LES DESSOUS DU NOT~Rl~T î35 Il y a encore l'entrainement des plaisirs, conséquence des mœurs du siècle. Pour satisfaire les désirs d'ambition, d'argent ou les passions des plaisirs, on ne recule devant aucun moyen : l'argent des clients prend le chemin de la bourse, et se perd en agiotage ou se dissipe follement. La vénalité des offices étant rétablie, la Chancellerie sïnformrt-elle si le candidat a la fortune suffisante pour payer le prix de son acquisition? Elle le faisait autrefois ; maintenant elle effleure i1peine ce sujet ; et l'on voit des candidats, sans la moindre fortune, acheter it crédit des études depuis les prix les plus minimes, jusqu'i1 des prix atteignant des centaines de mille francs. Talonné par le capital it payer et les intérêts i1 servir, le notaire n'a plus qu'un objectif, dangereux, contraire aux bases de l'institution, celui de faire rapporter le plus de produits possible i1 son étude; la providence vient en aide i, quelques-uns sous la forme d'une riche héritière, dont la dot les délivre de cette épée de Damoclès; d'autres sont assez heureux pour voir accourir une bonne clientèle; d'autres succombent, après avoir cherché leur salut dans des expédients : d'autres enfin, i1 la conscience élastique, habiles, retors, se tirent d'affaire sur le dos de leurs clients, par des moyens que le code pénal n'atteint pas, et que je ferai connaître : ceux-ci, sont les plus il craindre. Si la loi du 2:; ventôse, an XI, est surannée, j'entends faire comprendre qu'elle n'est plus il la mesure des mœurs du siècle; elle a été bonne en son temps, et il faut lui rendre cette justice, qu'elle a un grand air de dignité et de désintéressement. Le notaire qui s'inspirait de l'esprit de cette loi n'acceptait la fonction que par dévouement: il songeait à ses clients et nullement à lui : son objectif était l'intérêt de ceux-ci ; il ne leur faisait aucune avance, il aurnit manqué il sa dignité : juge amiable, il les attendait, comme les juges d'un tribunal attendent les plaideurs ; il ne se déplaçait que lorsque ses fonctions l'y forçaient; enfin ses minimes honoraires n'étaient que des cadeaux pour services rendus. Pour les mœurs de notre époque, c·est la surface, le dessus; voyons le dessous. Je le montrerai en esquissant la physionomie, les mœurs, les usages et les habitudes des notaires, depuis celle du notaire de la bourgade, du hameau le plus reculé, dont l'existence, en dehors de toute fortune personnelle, est un douloureux problème, jusqu'i1celle du notaire àes grande villes de France, dont la rapide fortune est un sc:indale souvent. A. SILVESTRE. ( ln slllle m, prochain 1111111fro.)
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