La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

i2ü t.\ REYUE SÔC!.\LIST~ « silion des tcrrrs des pelits paysans, qui labourent maintcnaut <c zeu,·s ancie,mes p,·opriétés comme jou,·naliers. » Voilà scmble-t-il des paysans qui ont su rompre avec leurs« instincts routiniers» et leur humilité séculaire, puisque dans la Yiolence de leur légitime colère ils ont affronté le feu des fusils de l'ordre bourgeois. Du reste, la société bourgeoise ne semble pas jouir de toute la sympathie de M. Belot, qui n'a pas l'air d'admirer plus que notre directeur« les escrocs et les aigrefins de l'ordre actuel. » Et à cc propos il ajoute: « M. B. Malon ne scmble-t-il pas, » contrairement à sa doctrine, croire que l'avènement du régime » collectiviste sumr1it à supprimer cette plaie, quand il est » visible au contraire que nul régime n'exigerait· plus d'hon- » nêteté et ne donnerait plus de facilité aux aigrefins pour vivre » aux dépens de la eommunauté. » Est-ce là la condamnation ou l'apologie du régime collectiviste'! - Il y a dans cette phrase deux objections diffërcntr.s: 1° L'avènement d'un tel ordre économique ne supprimerait pas les escrocs; 2° ~ul n·exigerait plus d'honlll\teté. Sur le premier point, nous croyons au con traire quc l'établissement de la justice sociale produirait une énorme amélioration morale. S'il est une influence bien certaine c'est celle du milieu; or, le milieu n'est-il pas pour nn grand nombre d'enfants, nés dans la misère abjecte des grandes villes manufacturières, ·vivant auprès de parents dégradés, une cause puissante d'empoisonnement moral. Quand la Société ne laissera J)lus aux préjugés, à l'ignorance, aux vices des particuliers la mission primordiale de nourrir et d'élever les enfants, il est bien probable que l'espèce s·améliorera, sous l'influence d'une sorte d'horticulture humaine, au point de vue physique, intellectuel et moral. Et même l'enfant, qui a vécu dans une saine atmosphère familiale, lorsque, dcYenu adulte, il est jeté au milieu de nos villes en pleine mêlée sociale, qu'aperçoit-il bientôt? C'est que dans la furieuse bataille desintérèts il faut être dupe ou victime, voleur ou yolé. La fortune est une prime à la malhonnêteté. Alors les scrupules disparaissent, toute délicatesse de conscience se flétrit, les instincts ataviques de déprédation et de combalivilé reprennent leur énergie ancienne (1). C'est la sélection au /1). Ah! rargent, cet argent pourrisseur, empoisonneur qui desséchait les ftmes, en chassait la bonté, la tendresse, l'amour des aut,·cs ! Lui seul étoit le grand coupable, l'entremetteur de toutes les cruautcs et de toutes les saletés humaiues ! ZOLA, L'A,·ge11t, pag~ 239.

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