La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

G4 LA REVUE SOCIALISTE trouvée, dit P. Boilley; cc n'est pas encore là le plus décourage·ant. La grande difllculté gît dans l'égoïsme du patronat. Dans son bien\·cillant optimisme, Abel Davaud célèbre les vertus socialistes de la participation aux bénéfices : Sur le chemin du progrès économique. il faul fc11re la rnute pas à pas. Vou, n'avez point le tapis merceilleu:e des Mille et une Xuit•. Alors il suffisait de désirer d"èlre à cent lieues pour s·y trouver dès l'instant qu'on s'était nssis sur ce tapis. En cc temps-ci, il faut marcher à pas comptés. Brûler une ou plusieurs étapes, c·est périr en route ou arriver fourbu. La Participation est un pas à faire, en attendant l'association des travailleurs générnle1rn;ut pratiquée; c·esl l'apprentissage de l"associalion, c'est hi voie qui conduit beaucoup, beaucoup plus loin. A ceux-là qui craignent la participation comme un lien nouveau, une attache à la bourgeoisie, nous dirons: Depuis quand a-t-on vu une rivière remonter à sa source? Depuis quand a-t-on nié qu'une réforme n'en entraîne pas une autre? La participation étant un progrès social qui relève la dignité de l'homme, un progrès économique qui fait la prospérité des participants petits et grands, un progrès politique qui rapproche les hommes de l'égalité que nous cherchons, elle aura pour sanction et pour fin la paix sociale, un amoindrissement considérable de paupérisme, l'cxallation du travail el l'établissement de la loi de solidarité parmi les hommes. C'est fort bien dit; mais il y a une toute petite difficulté, c'est que l'application de la participation aux bénéfices dépend du bon vouloir patronal, et ce bon vouloir s'est si peu affirmé jusqu'ici que nous craignons bien que les travailleurs ne puissent espérer d'émancipation même graduelle que de leur action sur les pouvoirs publics (1). • (l) On pournit lire, en 1889,à !"Exposition d'économie sociale, dans le pavillon de la Participation, une inscription murale, reproduisant les paroles suivantes d'un grand patron mulhousien, Frédéric Enget Dolfus: " 11y a pour les patrons des devoirs qui ne se discutent plus : • Fonder d'une façon inébranlable et définitive les institutions de prévoyance. • Elles doiven~ prendre la premicre place dans les abandous à faire. " li faut choisir: • Ou continuer des traditions conformes à nos sentiments et au caractère de notre classe ouvricre: • Ou accepter crûment b lutte et l'antagonisme nettement accusé des intérèts avec les conséquences fatales qu'il amène. • Qui oserait hésiter? » Il Y a plus qu'hésitation, il y a refus, et pourtant le dilemme posé par M. Enget Dolfus est inéluctable.

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