La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES COOPÉRATIONS OUVRll~HES G3 Le famili~lèrc ou palais social. réminis!'cncc du fouriérisme, est,_en dehors de toute autre <'onsidération, une expérimentation de ,·alcur qui fera fair,• c,'rtaincmcnt un grand pa~ à la. question ~ontroYcrsée de s:woir !,'il est r(·Pllcmcnl préft'.!rahlc de caserner 1,200 personnes dans un même édifice, cet édifice fùt-il un palais, ou bien s'il ne Yaut pas mieux, au contraire, donnPr :\ chaque famille, ainsi que l'ont pensé les Dolfus, une de ces maisons ounièrcs dont on a pu jui;:cr les types aux expositions de 1$67, 1878 et J 889. La question reste pendante. Des institutions de mutualité, rien à dire : elles étaient connues depuis longtemps, et il était naturel qu'on en fit à Guise une application heureuse. Hcsto te côté le plus int.éressant et le plus important: la participation aux ~~- . r.t. Godin a admis la valeur et la nécessité du capital; mais il a reconnu que le tracail était également un pui,,anl facteur, sinon le plus puissant, dans la production des hénéfic•cs, cl il a justement dédaré que cc facteur arnit le droit incontestable cl'crt rûclanw,· une pa,·l. Le problème à résoudre était de trouver une formule rationnelle et inallaquable, qui permit de détcr,min~r exactement co qui doit revenir au capital et cc qui doit rc,·enir au traoail. Toici comment il a raisonné: pendant le cours d'un exercice industriel, le tra,·ail perçoit une certaine somme de salaire• et le capital perçoit une certaine somme d'intérêt~; les salaires et los intérèts doi,·cnt donc donner une mesuro mathématique, pour évaluer en chiffres le concouf'S effectif apporté par l'un el l'autre facteur de hénéfices. En conséquence, on doit partager ces hénéficos proportionnellement à la somme des ~alaires et des int, 1réis; de sorte que, si la somme des salaires a été double ou triple de la somme des inli',rNs, la pari du tra,·ail dans les bénéfices dena Nre double ou triple do eellc du capital, et réciproquement. La solution pr·ésentc en effet uno apparence mathématique; pourtant est-cc bien là une solution scientifique !'0mmc le croyait :\1. Go,lin? li a admis à priori que les intérêts et les salaires représentaient le concours proportionnel de, deux producteurs de profits; ma,s cette appréciation, il a omis de la démonlrw, et c'était précisément cela qu'il eût fallu prouver. C'était le na.-ud à dénouer el non pas à trancher. La formule peut t'tre exacte en ce qui eoncerne les"élablissements du familistère, mais rien ne dit qu'elle le soit pour d'autres industries. 11. Godin a choisi l'évalua lion des salaires el des intér~ts, parce que cela lu a paru bon; comme il a con,·<lnu i, :\1. Bnrd d'ac,·order :l ses ouvriers 25 0/0, à :Il. Piat d'accorder 10 0/0, cl ainsi des autres. Chacun a pris cc quïl a,•ait trouv6 de mieux à son gré, et ehcz tous on doit reconnaitre une len.lancc très louable à réaliser un acte de justice malheureusement trop rare, en accordant à leurs collahorateurs ouniers une pari dans les bénéfices. Quant à trou,·cr chez aucun de ces procédés les éléments d'une solution scicnlifiquc, il n'y faut pas soni;:er. En somme, à Guise pas plus •1u'ailleurs la question de répartition n'a été résolue, ce qui ne diminue en rien le mérite de :\1. Godin, au contraire. JI a tenté une expérience sérieuse par son importance, heureuse par ses résultats; il a fait preuve de remarquables qualités organisatrices; sïl n'a pas déchiffré complétemcnt l'énigme, au moins il en a résolu une portion. li a osé allaquer la question face :\ face, en y consacrant la plus grande partie de sa vie, cette gloire lui restera. La formule de participation adéquate à la justice n'est pas encore

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