La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

ûî8 LA REYUE SOCIALISTE riendaus Ls travaux. Car Ioulesles catastrophesque uous avo11sà déplorer sont d1uspour la plupart aufatal be11éjice. Là où il faudrait une vingtaine d'hommes pour faire un remblayage, il n'y en a que quinze.» (1) Pour le boisage c'est pire; les compagnies ont fini par le mettre à la charge des ouvriers; c'est contre ce meurtrier abus de pouvoir qu'éclatèrent les grèves célèbres d' Anzin ( 1884), de Decazeville ( 1886); mais, avec la complicité des pouvoirs publics qui se manifeste toujours en pareil cas par l'envoi de la force armée contre les grévistes, les compagnies vainquirent. Double profit pour elles. Jusque-là on employait au boisage les ouvriers trop· vieux. c'est-à-dire trop affaiblis pour faire le rude métier de détacheur. Ces vétérans atteignirent ainsi l'âge exigé pour avoir droit à la pension de retraite. ,< Cela ne faisait pas l'affaire des exploitants. Voici ce qu'ils imaginèrent: « Partant de la constatation de ce fait qu'il est impossible au mineur de taper /renie a1111éecso11sécutives à la veine - c'est le chiffre exigé pour la retraite - ils supprimèrent les boiseurs. " Calcul habile. Le mineur s'épuisera plus vite, mourra plus jeune, et sa pension restera à la caisse. A la lettre, le boisage a été imposé par la terreur et par la faim.» (2). Et maintenant les ouvriers gagnent moins, s'épuisent plus vite, étant responsables des éboulements qui les mutilent et les écrasent. La perverse imagination d'un Caligula ou d'un Néron n'aurait rien pu inventer de plus férocement abusif. « Un voyageur frappé du nombre considérable d'écrasés que font les chemins de fer urbains, en Amérique, disait au directeur d·une de ces entreprises : - Pourquoi ne faites-vous pas installer des palissades le long de la voie? Vous éviteriez ainsi ces accidents quotidiens, dont le public s'émeut et avec raison. A quoi le pratique Yankee répondit: - Mon cher monsieur. j'ai fait mon calcul: l'établissement de palissades et de passages, la paie des gardiens, tout cela nous coûterait quinze mille dollars par an. Or, nous n'en payons que douze mille aux gens que nous écrasons, ou à leurs héritiers. Les exploitants des mines françaises raisonnent de même, avec cette différence qu'ils n'indemnisent pas, ou le moins possible. (1) Rapport du délégué de St-Etienne, au Congrès de Marseille en 1879. La même réclamation a retenti dans tous les congrés d'ouvriers mineurs qui ont suivi. (2) Eugène Fournière: l'ouvrier mi11c11r, dans la Re1J11Stocialiste 1886.

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