La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

GîG LA RF.YUE SOCI.\LISTE tomber inerte sur un siège, dans ~a misérable demeure; heureux s'il a une veste de rechange et s'il y trouve une famille qui le reçoive avec des sourires. li a peiné pendant 12 heures; il va dormir pendant 8 à 10 heures et retombera le lendemain dans cet enfer que Dante n'a pas osé rêver. ( 1) <,j'ai peint la situation en noir et il m'aurait fallu de plus sombres couleurs>'. Ces paroles du Chancelier de Gœthe s'appliquent à toute description du travail minier dont, malgré la science, la fatigue et les dangers vont croissant; la fatigue par l'approfondissement continuel des galeries (2), les dangers par l'emploi multiplié des explosifs (3) sans parler des défectuosités d'outillage et de précautions dues à la rapacité des compagnies et à l'inhumanité des directeurs. b) ACCIDENTS. Une administration minière soucieuse de la vie des hommes aurait eu raison, avec les moyens nouveaux dont la science dispose, des explosions de grisou, cet implacable ennemi des mineurs. Or, les catastrophes causées par le terrible hydrogène protocarboné, sont plus meurtrières et plus fréquentes qu'au temps des pénitents (4) et des lampesperpétue/les (5). La lampe Davy, inventée en 1815, et qui a été souvent perfectionnée depuis, n'est pas suffisante cependant à donner les garanties nécessaires. De nombreux moyens ont été indiqués pour prévenir les explosions. Ce sont en première ligne : (1) G. Stell: Op. cita/a. (2) Certains puits depuis longtemps exploités atteignent déjà à des profondeurs vertigineuses tels que ceux d'Epinac, 618 mètres, d'Anzin 620, de Bonchamps 694 mctres, de Monchanin 700 mêtres. (3) a: L'usage de 1,347 1nachincs à vapeur dans les mines, mettent plus qu'autrefois en péril la vie de l'ouvrier. Et cette profession, à la différence de beaucoup d'autre?- 1 même des plus dangereuses, est celle oU l1habileté1 la prudence, l'expérience de lïndividu peuvent le moins le protéger. La construction défectueuse d'une galerie, l'imprévoyance d'un ingCnieur, l'inattention d'un machiniste placé hors de la vue et de la voix des hommes d·un chantier, suffisenl â mettre en jeu des centaines d"existences.» {G. Stell : les out•riers miueurs). (4) Le péniteut était un homme chargé, tous les matins, de descendre dans les fosses avant l'arrivée des ouvriers ordinaires. Vêtu d'habillements mouillés et armé de torches allumées, il se couchait à plat ventre dans les galeries et brûlait ainsi le grisou à petite quantité. Ce moyen fut employé pendant quelques années. Cest ainsi qu·en 18;0, il était encore pratiqué dans les charbonnages du Pas-de-Calais 1 en· France. Seulement, beaucoup de ces hommes remplissant la besogne dangereuse pour laquelle on leur donna le nom de pénitent, trouvèrent la mort en faisant leur utile, mais terrible besogne. (Louis Bertrand: Les accide11/s daus les mines). (;) Les lampes perpétuelles étaient placées aux plafonds des galeries et destinées à brûler le Grisou à mesure qu'il montait aux parois supérieures des galeries. Efficaces dans la plupart des cas, les lampes perpétuelles étaient impuissantes quand, des poches ou trous des travaux abandonnés, avaient lieu d'abondantes irruptions de Griso11.

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