La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES )IOXOPOLES o'J'.:T.\T mineur, c'est la chute épou\'antable jusqu'au fond du puits, c'est la mort certaine. Q!1'un échelon usé n'ait point été rempl:lcé, que, pourri. il cède sous le poids d'un corps humain, que l'homme n'ait pas l'agilité de s'agripper à l'échelon suivant, tant pis. L'échelon sera raccommodé. certes : mais l'homme ! ... Cela arri"e souvent. " Quand le mineur a gesticulé comme un écureuil au-dessus de J'abîme, jusqu'à ce qu'il soit arri\'é à son chantier, il est littéralement brisé de fatigue, et cependant la journée de travail productif n'est pas commencée. ,, Aussi beaucoup préfèrent-ils, malgré le danger plus grand de la descente par les bennes, s'empiler dans ces wagonnets et se confier à la solidité douteuse des câbles qui les suspendent sur le gouffre et les y précipitent a\'eC une \'itesse vertigineuse, au risque de heurter contre les parois du puits ou contre les bennes qui remontent chargées. •>( 1) li y a bien des moyens d'é"iter ces incom·enicnts, soit en employant les échelles mobiles, soit en guidant les bennes et en employant pour les mou,·oir, des machines à arrêt subit. "On a remplacé les tonnes par des échelles mobiles (s)•Ifhne 'lJa-rell), des planchers à mouvement alternatif (~1•sfh11eWar9,·q11é) ; on a imaginé pour les cages ou tonnes. des parachutes (s_rsfr111e Fo11ft1i11<'), des combinaisons ingénieuses (.~1•stè111e N,yst), mais sans parvenir à écarter tout à fait ni la fatigue, ni le danger. D'ailleurs, ces appareils sont d'une installation coùteuse. il faut leur consacrer un puits entier, des machines à vapeur motrices, un personnel spécial ; ils ne peuvent être par conséquent employés que par des Compagnies puissantes et pour l'exploitation de mines d'une richesse exceptionnelle. Dans le bassin de la Loire, on se sert de la fendue, des échelles, des bennes ; il existe une seule m&chine \Varocqué. à Rive-de-Gier." (2) Après l'exténuante journée. la terrible corvée s'impose sous une autre forme : " L'homme remonte péniblement. li suit le méandre des galeries par des chemins accidentés, toujours dans la nuit, les pieds dans l'eau; il monte, redescend. oblique à droite et à gauche, guidé par le feu terne des lampes et les coups de sifflet du porion, longe les couloirs étroits, empestés, encombrés, se gare des ')Vagonnets lancés à toute vitesse sur les rails. En cheminant, il s'applaudit d'avoir cettê fois encore échappé au coup de grisou. à l'incendie des boisages, à l'inondation, au feu des coups de mine. li arrive au jour, éreinté, noir, les vêtements mouillés par sa sueur, les yeux brùlants, l'estomac irrité, la tête pesante; il a souvent 2, 3 ou 4 kilomètres de marche avant de (1) Eugcnc Fournicrc: l'ouvmr mi11,ur, dans la ?{et:•.' Soc,,1/ult (1886). (2) G. Stcll: loco c,/a/o.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==