La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

671 L.\ HEITE SOCL\LISTE à geno'.1x, tantôt couché, rarement debout. Les galeries d'exploitation où il va passer plusieurs heures ont en général de ü0 à 120 centimètres de hauteur sur une largeur moyenne de 40 à GO. ,< D'ordinaire, il se contente <)'égaliser le sol avec du charbon menu pour se coucher: il faudrait qu'il fût pourvu d'une basane ou d'une peau; à peine si 1/80 prennent cette précaution, malgré les avis des médecins. Echauffé par un exercice violent. le piqueur est en sueur; quand il s'arrête pour respirer, pour déplacer le point d'attaque, pour étudier l'état du plafond. le plus ou moins de solidité des blocs qui surplombent, il sent l'eau tomber goutte à goutte sur ses membres; il s'aperçoit que l'air manque. que sa lampe éclaire à peine. La température moyenne varie de 30 jusqu·à 30 degrés; le peu d'air respirable que contient ce b~1•a1t est vicié par la poussière du charbon, par la fumée de la lampe, par le dégagement de gaz délétères ou d'acides corrosifs. «C'est le piqueur qui est le rouage essentiel de l'exploitation; c'est sur son travail que repose le sysfème d"extraction; c'est lui, blotti au fond des galeries les plus profondes, en contact immédiat avec le grisou, avec l'eau, menacé par la rupture des plafonds, et brisant la houille, sans autre protection que son audace et son adresse, qui court les pius réels dangers. Le boiseur qui viendra après lui pour rendre praticable !"excavation qui vient d'être déblayée par les hercheurs et les rouleurs, n'est pas à l'abri des mêmes périls >' ( 1). Et souvent, dit Fournière, le mineur est épuisé avant d'arriver à sa sombre galerie : ,, li y a trois manières de descendre dans la mine: ;iar lafe11d11c, par les i:cbel/es, ou par les beuues. « La fendue est une sorte de plan incliné dont on nese sert que dans les mines de peu de profondeur. C'est, pour l'ouvrier, le mode de descente le plus simple, le moins fatigi.1ant et le moins dangereux. « Cependant, si l'on songe qu'il fait ce chemin à peine vêtu, les pieds dans l'eau et glissant à chaque moment sur la rocaille, chargé de ses outils, et que ce trajet dure de quarante à soixante minutes avant l'arrivée au chantier. on se convainc aisément du peu d'agrément que procure une telle promenade aux malheureux qui la font deux fois par jour. ,, La descente par les échelles est cependant pire encore, comme fatigue et comme danger. Lorsque les mines atteignent une profondeur de 250 à 300 mètres, il est impossible d'y accéder par des plans inclinés. On a"pplique des échelles superposées aux parois verticales des puits et, suants, meurtris aux mains et aux pieds, les ouvriers opèrent la périllt:use descente le long de ces échelles interminables. Qu'un éblouissement, une faiblesse, une crampe fasse lâcher prise au ( 1) O. Stcll : Doléances des mineurs français.

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