LA XOUVELLE ÉTHIQUE 657 personnelle. Cette derniere a atteint sa plus haute expression avec le Christianisme, mais elle se trouve déjà dans le :.'\éoplatonisme, le Parsisme, le Bouddhisme et même !'Islamisme. Elle a à son actif une liUérature considérable, depuis les nobles rèveries d'un Marc-Aurèle, le Se1•11wnsur la 1,wntagne et l'Iniitation rie Jesus-Chi•ist jusqu'aux - et en vérité grande est la chu le - innombrables volumes de «piété>> publiés pour l'édification des bonnes femmes et le plus grand profit des éditeur;; bien pensants. L'Jtthiqne du monde patriarcal primitif, était naïvement objective. Celle de la société individualiste est toute anssi naïvement subjecli\·e.:\lais, ;i, mesure de son déclin, cette subjectivité dt-croit et l'idée d'une autre perfection commence à poindre. Le spiritualiste s·en aperçoit bien lui-même, puisque - signe caracléristiq uc - il se met sur la défensi vr en cherchant lWl sens social à la morale pourtant si personnelle de sa religion. Il sent instinctivement que l'antique srntimcnt éthique a fait son temps et glis c peu à peu dans le sens opposé quoique la forme ancienne semble inaltérée, il voit vaguement que le but moral n·cst plus dans la renonciation ou l'apotht'.•ose personnelle, ni dans l'abstraction, mais dans l'identification de l'intérêt particuliPr avec Jïntérèt social. Les hommes commencent aujourd'hui à s·apercevoir que toute morale dont l'abnégation est le but, ou même seulement l'élément essentiel est étroite et fausse. Dans cc que j'appellerai l'éthique concrète, le sacrifice personnel ne _peutt\tre qu'un accident, le fond de cette éthique résidant non dans l'annihilation de l'individu dernnt Dieu, mais dans l'identification de lïndh·idu avec l'humanité. Et faisons bien obsener que nous n'entendons pas par là le « vivre pour autrni)) de la morale spiritualiste qui, pris au meilleur sens, signifie le sacrifice d'un iudividu pour d'autres considérés comme individus. Ce que nous voulons dire, ce sur quoi nous insistons pour éviter tout malentendu, c'est que cette aff[1'1nalion, cette idenLi(icalion cle l'incU-ciclu avec la sociéte ne peut ét,·e amenée que par l'identification des conditions matàielles clu bien-éti·e individuel ai-ec celles du bien-être social. • Et cela se conçoit facilement. Avec l'aube d'une nouvelle ère économique, l'ère de la production sociale pour l'u,:;age social, nous verrous aussi poindre une éthique nouvelle, une éthique dont l'idéal n'est ni la sainteté personnelle, ni l'intérêt personnel mais le bonheur social, et pour laquelle laperfection de l'individu sera toujours subordonnée à celle de la société; la pierre de touche du caractère personnel sera alors non
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