L.\ IŒYUE SOCL\.LISTF: croire qu'il y ait rien d"arbilraire dans ce procédé: le milieu social où naquit d'abord la morale ayant changé, l'individu et son inlérètayantéconomiquement, socialement et politiqnt'ment supplanté la communauté et ses intérêts, il était de,·enu impossible au sentiment éthique des<• contenter du monde réel. Tout ce que le raisonnement put faire, cc fut de chercher à l'expliquer par les théorit's épicuriennes on utilitaires de « lïntérét éclairé» ou d'au Ires semblables, qui cependant pour la plupart, nïntért'sscntgnère que les amateurs et n'ex,'rccnt qne pt'u d'influenct' dans les masses. De sorte que c'est la morale thcologiquc ou mystique qui seule a ri'•cllement dominé dans les derniers siècles t'coulés, et la sati:faclion apparente qu'elle procure ne peut s'épuiser t't disJ arailre qu'a He les causes qui l'ont fait naitre. Plus ou moins comprise des foules au moycn-ù~e, alors que l'éthique sociale des races germaniques s'affirmait concurremrneut ,l ces restes du communisme primitif qui entrèrent dans la composition du s.rstème féodal, la morale th«:,ologique s'étendit pt'u à pcn pour éclater en floraison luxuriante sous le Protestantisme. Pour l'homme moderne de la classe moyenne, elle t'St la seule alternative d'échapper ù. l'autrt' doctrine indivitlualb:,lc, celle de cc lïntérèt persounel éclairé). :.lais l'J~thique individualiste, soit mystique t't ù1tùie11,·e, soit t'mpirique et pratique, dérnile très rapidement aujourdï1ui ses propres contradictions à mesure que sa base foonomiquc va se dissolvant. Pendant que l'homme de la clas$e moyenne ne conçoit la perfection que concentrée sur l'individu - que cc soit dans son àme ou dans sa bourse - lïndividualilé <le l'homme des classes laborieuses se confond dans l'existence collective du groupe de producteurs auquel il appartient: toute la vio <lesclasses ouvrières est aujourd'hui, sous le régime de la grande industrie, une vie collective; le travail indiridnel s·y perd dans le travail du groupe, celui du groupe dans d'autres et ainsi de suite dans tout le sysU,mc industriel ci commt'rcial. Aussi, en g(,néra 1,l'ouvrier de grande industrie ne s·cst-i Ijamais beaucoup occupé de son « àmc » ni de ~on prrft'ctionnemcnt inJi riducl. La saintt'té personnelle n'a jamais été son but éthique, ainsi qu'elle est le but avoué (et souvent r!'.•cllcment sincère) de l'homme moral et pl ns encore de la femme morale des classes moyennes, et l'idée d'un« saint» ouvrier serait même grotesque, Les vrrtus drs classrs ouvrières, vue,- sous leur meilleur jour, $Ont celle d'intégrité, de générosité, de sincérité, de confratPrnité, pl11tùt que celles de ccdouceur>> de ccpureté >>de piété» <cd'abnégation do soi-môme>>etc.; en un mot, cc sont des vertus
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==