La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

6W t.\ RE\'UE SOCIALISTE li fant avant tout nous rappeler que dans le monde ancien et dans les premières phases de la Société, la morale n'était pas autre chose que la solidarité entre personnes du même sang, c'est-à-dire dans l'intérieur de la tribu de la « gens n dn cc peuple» (1). Il n'y avait pas alors d'intérêts opposés entre l'individu et la communauté; l'intérêt individuel étaitabsolument identique à celui de la race, et l'on n'avait pas encore tracé la ligne de démarcation entre les droits de l'individu et ceux de la Société. Le Grec de l'ùg0 pré-homérique, l'fü\breu à cette période dont nous retrouvons des <'•chosdans le Pentateuque, le Germain tel que l'ont décrit Tacite et des auteurs plus récents n'existait pas plus pour lui-mème que ponr les autres comme individualité indépendante, il n'ayait d'autre importance que celle du clan particulier dont il était nwmùre, ou de la tribn ou groupe de tribus qu'il représentait. Sa fin prrsonnelle s'identifiait avec celle du tout social dont il faisait partie. Mais de même qu'il n'avait pas d'intérêts indépendants de ceux de ses congénères, de même aussi il n'avait pas de devoirs en dehors d'eux. La Société, et par conséquent l'éthique, était basée sur les liens du sang, et sur ces liens seuls. En dedans du Cercle Magique, tout était sacré; en dehors, tout était profane. La Société primitive fondée sur la parenté était un organisme ayant sa raison d'être en lui-mème; les individus, ses unités constituantes n'avaient séparément aucune importance; il reconnaissaient inconsciemment que leur seule fin était la Société. L'individu n'ayant pas encore été rejeté sur lui-mèrne, il ne s"était pas encore rendu compte de l'inaptitude de la for1ne individuelle à satisfaire le contenu de la personnalité, et ne concr.vait la vie que tout objective et englobée dans celle de la Société. Mais remarquons le changement graduel qui eut lieu, changement dont nous trouvons les manifestations typiques dans l'histoire de la Grèce et de Rome. De la Sociéte et du fait même de son dé,·eloppement, surgit l'Etat. Avec l'accroissement de l'Etat, la p1·opriété individuelle (!) li serait superflu de donner ici des exemples d'un fait admis en principe pat· toutes les autorités anthropologiques ou historiques contemporaines. Pour l'exposition <les principes sur lesquels la Sociètè primitive était basée, nous renvoyons le lecteur aux ouvragl!s bien connus de Sir Henry Maine, de feu Lewis Morgan, etc.; au célèbre traité de Fustel de Coulanges • La Cité Antique " et aux œuvres de Von Maurcr, de Bachofen et autres. Le communisme « naturel » ou « primitif» de l'ancienne Sociétè aujour• ,!'hui admis par la science et !'Ethique qui l'accompagnait et qui lui sun•éçut dans la pér,odc sociale suivante est connue dt tous ceux qui ont fait des recherches sur les premiers âges et l'origine des traditions.

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