La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

!l il L.\ RE\TF~ SOCl.\LISTE réalisalion de soi-même cherch(•e en vain dans sa propre personne,- cette solution est, dans un sens, parfaitement intelligibl<' <'t l'on n'<'n saurait dire autant de la théorie utilitaire. En eJfct, si, comme d'après celle-ci, l'individu est un tout indépendant ot complet, toute contrainte volontaire, encore moins lout sacrifice do· sa part est incompréhensibl<'. Co n'est p:is quo nous ignorions l<'s tentatives qui ont été faites ponr éluder cette difficulté: ni quo nous n'ayons entendu parler des distinctions subtiles do cclïntfrèt personnel éclairé», etc.; mais, <'LIsuppos:int ù ces lumières toute l'extension possible, nous soutenons encore que le point essentiel do l'activité morale r<'slo inexpliqué. Et mèmo en acceptant l'hypothèse d<' lïnlfrét personnel, comment ce compte do profils et pertes en faveur de l'individu a-t-il été fait et pourc1uoi doit-il èlre modifié? Si l'homme a pour fin sa propre personne, pourquoi cotte obligation do prt•férer des moyens possibles, ne pouvant, pat· exemple, on aucune manière contribuer ù son arnntage, à son intérèt ultérieur, ccéclairé>> ou non, à une voie agréable qui ne pont, par exemple, le conduire à aucun désavantage personnel? Parler d'obligation on par<'il cas est une absurdité, si l'objet d<' l'obligation est borné ù lïndi Yidu, car dans !"hypothèse ci-dessus ni son interêt « èclairé , ni son intérêt matériel ne sont en jeu. Affirmer pur<'ment et simplement que l'intérêt éclairé est toujours du cùté do la vertu, c·est escamoter la question et non pas la résoudre. Revenons main!enan l à l'hypothèse théologico-métaphysiquo; d'après celle-ci, lo tdlos, la fin do lïndi\·idu réside, non en lai-même mais en la Divinité à laquelle son àmo ou personnalité, est rattachée par un lien mystique; ici, il est recon11u que la form<' do la personnalité est insuffisante à en satisfaire le contenu, et la Morale, lo Devoir, la Religion, sont l'expression de cette insuffisance. Mais où lo théologien et le métaphysici<'n dogmatique pêchent, c·est en cherchant à y remédier pu so/lw11, par un sout qui devient mortel puisqu'il ôte l'homme au monde réel pour lui faire chercher satisfaction dans une sphère idéale dans laquelle l'élément non satisfait en lui-même, <'t par suit<', sa personnalité enlièro devra arriver' au complet <lévelopp<'ment ot à la perfection. Seulement faisons bien atlcnlion ici que lo principe de l'individualisme sacrifié, en apparence, dans cette théori<', y est en réalité maintenu, quoiqu'on ait vu la contradiction p<'rman<'nto entre l'individu considérl'.~abstracliv<'mrnt et l'l\tre humain réel. Et, cette contradiction, comment a-t-on essayé do la résoudre? Tout simplement par la suppression d'un de ses termes.

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