58 LA REVUE SOCIALISTE Acheter en gros pour consommer en commun n'a rien de particulièrement difficile, tandis que, étant données les nécessités de la production moderne, ce n'est pas tout que d'associer les bras pour travailler en commun, il est également nécessaire d'avoir assez de capitaux pour lutter contre la concentration des forces productives des grandes entreprises individuelles. Comme à l'épée il faut opposer l'épée, aux capitaux il faut pouvoir opposer des capitaux. Est-il besoin d'ajouter que cc n'est guère le cas pour les membres des sociétés de production. Ils se mettent à l"œuvre, riches seulement de courage et d'illusions. En d'autres circonstances, c'est beaucoup; ici, cen'est pas suffisant; aussi: Inutile courage, inutiles efforts, lis combattent en min, les dieux sont les plus forts. Les dieux du monde économique, ce sont les gros capitaux, ces implacables victorieux dans tous les champs clos de la concurrence. Pour un très petit nombre de professions seulement, le capital est moins nécessairr; mais cette exception ne fait que confirmer la règle, et nous sommes en droit de conclure avec Ugo Rabbeno (1) que les sociétés de production sont impuissantes à se substituer au salariat et qu'elles n'ont d'efficacité que pour des groupes sociaux très limités. Forcément détournées de la voie démocratique par les exigences de la situation, les sociétés de production ont trouvé <lesdétracteurs même parmi les coopérateurs (2). (1) Ugo RABBENO, le Società cooperatioe di proclu:;ione. (2) Sur les 75 coopérations qui existaient en 1883 lors de l'enquête extraparlementaire, nous n'eB a\"ons plus trou,·é qne 31. 11 d'entre elles datent de 1818 et de 1865. Pour la plupart, elles en sont venues à n'être plus que des associations de petits patrons, très peu nombreux, employant un nombre plus ou moins grand de salariés, quelquefois un très grand, comme chez les lunetiers, et n'exerçant à !"égard de ces salariés aucun acte de sollicitude ... li y a cinq ans les lunetiers parlaient d'établir prochainement la participation aux bénéfices ... Ils ont décidé de renvoyer cette innovation à dix ans ... Pourquoi existe-t-il un si petit nombre d'associés dans les vieilles aRsociations L. Les ouvriers associés \"ieillis dans l'association et enrichis pnr elle sont devenus profondément égoïstes et n'ont nul désir de partager lcu,·s bénéfices avec nouveaux. Ils aiment bien mieux bénéficier sur le travail des salariés. Les menuisiers en \"Oiture nous ont dit... qu'ils avaient acheté le terrain de leur usine, que ce terrain augmentait de prix chaque année et qu'ils ne voulaient pas que de nouveaux associés vinssent partager avec eux sa plus-value ... En résumé, l'association productive réussit très rarement, et là où elle réussit cc n'est qu'au profit d'un petit nombre et sans bénéfice pour la masse; ce petit nombre tombe
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