La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES COOPÉRATIONS OUVRIÈRES 57 chiffre des affaires de ces sociétés 1 Il sera évidemment égal au chiffre total de la consommation de la France, et ce chiffre est de 20 millia.rds au moins, égal d'ailleurs, à peu de chose près, au chiffre total de sa production. Eh bien! du jour où les sociétés coopératives seraient en mesure d'acheter tout le montant de la production annuelle de la France, il ost évident qu'elles seraient absolument maitresses non seulement du commerce, cela va sans· dire, mais de toutes les industries productives, et qu'elles auraient désormais Je choix soit do les acheter, soit de les éliminer, soit tout au moins de los dominer. Et quels seront les résultats d"une semblable révolution économique T lis sont si considérables, - alors même qu'on ne la suppose t1ue partiellement accomplie,-que je ne comprends pas l'indifférence, peut-être affectée, av~c laquelle les économistes el les socialist~s parlent des associations coopbra\ivcs comme d'institutions qui, par leurs effets, ne sont pM appelées à dépasser un cercle assez restreint; c·est fermer les yeux sur une des manifestations économiques les plus considérables de notre temps ... (J). •M. Gide explique ensuite que ce qu'il veut pour les sociétés de consommation de tous pays, c'est, dans une première étape victorieuse, faire la conquête de l'industrie commerciale; dans une seconde, celle de l'industrie manu{ acturière; dans une troisième enfin, celle de l'industrie agricole, le but final étant ainsi l'établissement d'un ordre solidaire qu'avec le socialiste américain Laurence Grounlund il appelle la République coopératit>c. « Heureux ceux qui la verront, s'écrie-t-il, mais heureux aussi ceux qui y auront crn sans l'avoir vue et qui, en vrais coopérateurs, pourront se rendre ce témoignage qu'ils ont préparé l'avenir et trarnillé pour autrui! » On ne peut qu'être touché par cc noble et généreux langage ; mais il ne nous apparaît pas que les sociétés de consommation puissent caresser de telles ambitions. Au moins devons-nous applaudir lorsque nous voyons les chefs de la coopération française donner à cet important mouvement des buts si élevés, si bien enharmonie avec les inspirations socialistes. Il n'y a qu'à nous entendre sur le but; l'expérience se chargera de nous mettre d'accord sur les moyens. IV DES SOCIÉTÉS DE PRODUCTION ET DE PARTICIPATIO:-' AUX obn';FIC:ls~ Bien moins nombreux, bien moins importants ont été les succès des sociétés de production, qui, pourtant, n'ont pas moins que les sociétés de consommation suscité d'enthousiasme et d'elîorts vaillants. Mais ici les conditions ne sont plus les mêmes. (1) Charles GIDE, de la Coopération. r

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