La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

I LA REVUE SOCIALISTE Ces lois, qui les édicte et veut qu'elles soient craintes, est-ce toi'.' - toi sur qui leur poids pèse toujours ! Oh ! pourquoi les damnés restent-ils toujours sourds et ne savent-ils pas lire dans leur histoire? Il suffit d'un éclair sillonnant l'ombre noire pour jeter clans la nuit un monde de clartés; mais pour eux, rien. Jamais l'éclat des vérités, en montant du passé, ne vient à leur paupière; rien ne leur montre à qui doit aller leur prière: ils ne veulent pas voir. - La loi, c'est le contrat. Contrat consenti? Non, imposé. Résultat: de ce côté pléthore et de l'autre anémie; et la Société se croyant aITermie marche résolument vers les siècles futurs, parce qu'il est écrit quelque part sur les murs et parce qu'elle imprime en tête de ses actes, comme le plus humain et le plus saint des pactes, que !'Égalité règne et que la Liberté tend la main dans la route à la Fraternité. Quelle dérision ! - Tout demeure en balance ; rien n'est stable s'il reste encor de la souITrance. Si forte qu'elle soit, la loi peut s'ahroger; l'homme, en se ré\·oltant, d'un coup peut tout changer. Allez donc consc iller aux estomacs avides, aux ventres, de ne pas crier lorsqu'ils sont vides ! Enseignez qu'il n'est pas de bonheur sans Yertus, mais montrez à côté les chilîres de Malthus. Ah ! la misère crie! et pour la faire taire on ne trouve pas mieux qu'une formule austère à jeter en pâture aux sombies meurt-de-faim ! Quant tout bas on se dit que des gueux, ù la fin, pourraient bien réclamer aussi le droit de vivre, on ne veut pas y croire, et le présent enivre; l'égoïsme est plus fort que le droit naturel. - Que nous importe à nous, souffreteux éternel, ta souffrance et tes maux ! Sois comme nous habile ; aujourd'hui la Justice est un luxe inutile. L'Histoire flétrira le pastoureau pillard et les femmes suivant le tambom· de Maillard.

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