La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

GOG LA REVUE SOCIALISTE et quand toujours l'esprit de l'homme reste sourd aux fiers enseignements que la raison lui donne. Que peut-on espérer? - Quand parfois l'heure sonne; quand, accablé de maux, ainsi que l'Océan, Je peuple qui dormait se réveillant géant croit entrevoir enfin une terre illusoire où son mal doit finir, pourquoi chanter victoire? Pourquoi s'enguirlander le front de rameaux verts? Pourquoi crier partout: l'homme n'a plus de fers pour quelque anneau rompu de l'elîroyable chaîne'? Demain, quand la fatigue, en apaisant la haine, viendra, par l'intérêt, conseiller lâchement aux vainqueurs de la veille un doux apaisement, Je joug, l'éternel joug, saura changer de forme et, petit à petit, bientôt renaitre énorme jusqu'au jour où le flot, soulevé de nouveau, tentera contre lui son éternel assaut. - A ces luttes sans fin, peuple, tu t'habitues! Oh! tu peux ériger d'imposantes statues et coucher à leurs pieds des lions fiers et doux : tant crue tu n'amas pas levé tous les écrous qui cèlent la pensée ou la rendent servile; tant que tu n'auras pas brisé comme inutile tout l'attirail de lois qui te retient courbé et te cache l'abime où le droit est tombé ; tant que tu n'auras pas, toi que la faim torture, pris pour unique but cette loi de nature qui veut que chacun ait place égale au soleil, et compris que ton droit est en tous points pareil à ceux des oppresseurs que ton erreur se donne ; tant que, sachant pourtant combien la vie est bonne, tu ne te diras pas : elle doit l'être à tous et que tu n'auras pas fouillé tous les dessous du mal pour y trouver la logique des causes et regardé l'énigme en face - si tu l'oses-, le progrès ne sera pour toi qu'un bruit confus, qu'un murmure lointain de mots, de faits diITus, - son vrai sens échappant à ton oreille sourde, - et n'aura d'autre objet que de rendre plus lourde la chaîne qu'on te forge et qu'aux reins on te met.

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