La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

598 LA HEVUE SOCIALISTE tenir. Si la bacchanale indienne avait ùuré encore quelque temps, la chasteté, cc pl'incipc fondamental du shakcrismc, aurait sans doute couru quelque danger. Soit que le principal Eider partageât ma crainte, soit que l'amusement lui parût avoir dur6 assez longtemps, il y mit fin vers dix heures, en engageant les Indiens à s'en aller, avec l'assul'ance qu'ils trouveraient quelqu'un dehors qui les conduil'ait parmi les Shakers du monde céleste. Sur cet avertissement, les possédés, hommes et femmes, rentrèrent immédiatement en eux-mêmes et tous allèrent dormir. Dans un autre meeting, plusieurs Sœurs se mirent ù tourbillonner : après quoi, elles nous déclal'èrent que la l\Ière Anne était présente parmi nous et qu'elle avait apporté une douzaine de paniers de fruits spirituels pour ses chers enfants. « Prenez-en et mangez l )> nous dit l'Elder. Tous obéirent et firent semblant de puiser dans les i1wi;;iblcspaniers et de déguster quelque chose de délicieux. Je ne sui,·is pas l'exemple général. Ma foi n'était pas assez forte pour voir les présents de la l\Ièrc Anne. 1lais on se trompera en pensant qu'un tel spectacle me donna envie de rire : nullement I L'expression convaincue, grave et sérieuse de tous les visages m'impressionna tellement, qu'il m'aurait été impossible d'y voit· rien de comique. Un dimanche, dans la réunion de toutes les familles <le la communautê, un Frère déclara qu'il avait en lui l'esprit du gênêral \\'ashington, et nous apprit que Napoléon avec tous ses maréchaux <'lait au milieu de notre meeting. Ces hommes célèbres, ainsi c1ue beaucoup d'autres, sont devenus des Shakers depuis leur mort; ils habitent une. communauté céleste toute en marbre, ornêe de somptueux jardins et de belles rivières. l\Iais eau, fruits, bâtiments, tout est purement spirituel, malgré son apparence matérielle. Voilà des merrnilles généralement accréditées, et le ciel passe parmi les Shakcl'S pour n'être qu'une Slwherie sur une immense échelle dont Anne est la principale Elderesse et le Christ le plus important des Eider;;, Néanmoins, cc que je viens de raconter me sembla, après • réflexion, si puél'il que je ne pus m'empêcher d'en dire ma pensêe ù !'Eider. « Les orgueilleux de ce monde - me répondit-il - quiposent en hommes importants et dédaigneux, doivent de\'enir simples comme des Shakers ou des enfants, s'ils veulent entrer dans le ro~aumc des cieux. S'entendre traiter d'imbécile ou de fou : c'est' la une des croix qu'il faut savoir porter dans notre société. • (La fin au p1·ochain numéro.) JIOLYNSKI,

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