La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE SOCIALIS)IE ET L'ART 5!l9 LE SOCIALIS~IE ET L'ART PEINTREEST SCULPTEURS Tandis que les municipaux, sous l'œil paterne des Constans et des Lozé, chargeaient la foule sur la place de la Concorde, tandis que, fratricides, des fantassins, à Fourmies, - comme jadis à la Ricamarie, - trop serviles prétoriens, fusillaient des enfants, ce récent 1•• mai, le Salon des Champs-Élysées ouvrait ses portes. Alors que partout dans le monde se dresse majestueuse et digne - mais bientôt peut-être teniblement Yengeresse par suite des morn;trueuses provocations - la reYendication ouvrière, il peut paraitre intéressant de noter ce que pensent les artistes, ce qu'ils expriment en leurs œuvres, sur une telle question. Avouons-le, si les littérateurs semblent enfin s'être arrachés au mandarinisme, et a~oir pris contact avec leur siècle, les peintres et les sculpteurs ne sont pas encore arrivés à comprendre leur rôle et à se soucier de la mission sainte qui leur devrait échoir. La cause, nous la trouverions peut-être en leur presque générale ignorance, au croupissement d'intelligence qui les tient ligottés dans le bas-fond, parmi ceux qu'ils méprisent bien à tort, car ils les valent, les philistins de la bourgeoisie. Ce sont eux aussi, des marchands, des vendeurs du temple, non des arfo;tes, car ils n'ont nulle foi, nulle croyance, nulle idée généreuse; ils sont incapables d'un élan, d'une passion; héritiers dégénérés des grands aînés, comme les Delacroix, les Millet, les Courbet. Il existe heureusement quelques exceptions glorieuses. Nous en trouverons au Salon des Champs-f;tysées, peu, il est vrai! car ici la banalité et la médiocrité dominent; - davantage, mais combien rares encore! au Salon des Indépendants; - mais au troisième

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