La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE CO~n!UNIS~IE EX A~IÉRIQUE par la Mère Anne, conformément à des gravures apportées par les anges. Un Eider m'apprit, sur un ton très sérieux, que les habitants du monde posthume étaient logés et habillés comme les Shakers terrestres - seulement, au point de vue moral, ils valaient un peu mieux. Tous les deux jours, les Shakers se rencontrent à sept heures et demie du soir dans une vaste salle. Les Sœurs se groupent vis-à-vis des Frères. Un Elde1· se place au centre et prononce une courte allocution qu'il termine par ces mots : « Vieux et jeunes, rendez hommage à Dieu de tout votre pou\·oir par la danse! » A cc signal, les hommes ôtent leurs vestes et restent en manches de chemise. Au début, il y a une marche processionnelle mesurée sm· un orchestre chantant, composé de quatre hommes et quatre femmes. Puis commence la danse avec la stricte séparation des sexes, se tenant à une distance respectueuse l'un de l'autre et sans que personne se permette de proférer une parole. Quand bon lui semble, !'Eider arrête l'exercice; les Frères et les Sœurs, sans jamais se mêler, forment un cercle oblong et attendent que quelqu'un ou quelqu'une vienne, par une inspiration d'en haut, produire quelque chose d'étrange. Il arri\·e alors qu'une Sœur sort des rangs et se met à tourner comme une toupie pendant quelques minutes. Elle reprend ensuite son siège sans trace de fatigue. Pendant cette valse, à l'instar des derviches de l'Orient, les membres de la communauté restent immobiles comme des statues, dans un silence contemplatif. Une Sœur qui se transformait ainsi en tourbillon s'arrêta un jour en ma présence pour dire : « La .\lèrn Anne a envoyé deux anges pour vous informer qu'une tribu d'Indicns attend ici Qepuis deux jours et demande à être introduite à notre réunion. » Je ne pus m'empêcher de regarder par la fenêtre pour voir où étaient les PeauxRouges annoncés, quand un Eider (que mon mouvement avait fait sourire) ajouta : « C'est une tribu de sauvages morte tout entière avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Elle sera reçue par nous, d'après la volonté de la Mère Anne, dans notre prochaine réunion dansante. » Quand arriva cette réunion, les portes de la salle furent laissées ouvertes et l'Elùer invita les Indiens à vouloir bien entrer. La Sœur inspirée de la veille déclara qu'elle les rnyait distinctement et ferma les portes. Un Dickens pourrait seul décrire la scène qui se produisit ensuite. Huit ou neuf Sœurs se mirent à simuler les Squm,s, dont les esprits étaient entrés en elles. Cinq ou six. Frères parurent être en proie à une possession semblable et se mirent à imiter les sauvages. Cris, hurlements, sauts périlleux, rien ne manqua à la représentation. La règle de la séparation des sexes fut enfreinte plus d'une fois. Les Eldresses s'essoufflaient en vain à vouloir la main-

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