La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

596 LA nEVUE SOCIALISTE brcs à coucher sont évacuées. Les sœurs viennent y faire les !ils et l'emettre tout dans l'ordre le plus parfait. Les Frères accomplissent le s tàches prescrites avant le déjeuner, qui a lieu à sept heures. Les sexes ne se confondent pas et mangent à des tables distinctes dans la même salle. Quand les Frères et les Sœurs se sont rendus en si - lence à leurs places respectives, sur le signal de l'ancien tous s e mettent à genoux pour deux minutes et se lèvent à un autre signal du même personnage pour commencer à se nourrir. Chacun se ser t soi-même, cc qui n'est pas difficile, car le service est complet pou r charrue groupe de quatre personnes. On quitte les tables avec l a même solennité qu'on les a abordées. Personne n'articule la moindr e parole ni pendant les marches et les contremarches ni pendant le repas . .\ peine sortis de table, tous Yont vaquer aux traYaux qui leur sont assignés et s'y livrent aYec zèle juc;,1u'à ce que sonne l'heur e du diner, à midi moins dix minutes. Alors les laboureurs <[Uiltent leurs champs, et les ouvriers, leurs ateliers : ils se lavent les mains , se forment de nouveau en procession et avec les mêmes cérémonie s que pour Je dêjcuncr. Le diner fini, le travail universel recommc11 cc et se prolonge jusqu'au souper; il ne cesse complètement qu'à hu it heures du soir. Une heure est accordée à une réunion nommé e meeting rl't,nion ou rl'm1tow·. A neuf heures, tous sont couchés. Les deux anc,ens (Eiders) et les deux anciennes (El<lresses), les trois diacres et les trois diaconesse;; avec d'autres membres de s deux sexes, au nombre de six à huit, s'assemblent simultanément dans di,·crscs salles. Les sièges sont rangés sm· deux lignes séparée s par une distance d'cnvi1·onquatrc pieds,dc rnt\nièrc <rueJesSœurs s e trouYcnt en face des Frères. Cnc grande monotonie règne dans ce s réunions: la conversation roule uniquement sur les aITaires de la communauté ou sur la cuisine. Parler de cc qui se passe dans le monde profane, cc serait enfreindre les com·cnances du shakc - rismc. Yoilà la routine d'une journée, et toutes les journées de l'année se succèdent en se ressemblant parfaitement l'une à l'autre. Pendant tout le temps de mon séjour parmi les Shakers, je n'ai vu aucun d'eux ou d'elles lire la Bible ou pric1' en public. Différen ts en ceci des moines et des nonnes catholiques, ils paraissent n'avoir nul souci d'adresser des invocations au ciel. Convaincus que le s occupations mondaines sont indignes de leur attention, ils ne lisen t prcsr1ue rien. Comme par exception, j'ai ,,u cependant quelquefoi s un Eider ou un diacre avec un journal à la main. L'uniformité est leur devise. Leurs meubles comme leurs Yêtements sont ceux des colons hollandais, du temps colonial. Y appor - ter quelque changement, ce serait aller contre une mode, introduite

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