La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA HEVUE SOCIALISTE M•,. Besant refusa de jouer le rôle d'hypocrite, el par l'entremise de son frère arrangea une séparation avec son mari qui lui fit une petite pension. Elle alla s'installer avec ~a mère et sa petite fille dans une petite mi"\ison aux environs de Londres. Elle essaya vainement de ga~ncr sa vie, d'abord a\·ec son aiguille, puis comme gouvernante. Quelques amis dévoués lui procurèrent alors du travail de plume, celui qui lui convenait le mieux. Elle fréquenta assidûment la bibliothèque du Bl'itish .1Iusewn, la chapelle de South Place où un philo~ophe théiste faisait des conférences-sermons dans un c~prit de tolérance. C'est de lui qu'elle apprit le nom de M. Bra<llaugh comme celui d'un puissant orateur au langage saxon. Elle devint Yite membre <lela Xulional Seculm· .C:ocielydont M. Bradlaugh était président,puis rédactrice du journal de la Société, le National Rt'(orme1· (Réformateu1· national), et enfin• conférencière fort appréciée pour on éloquence communicative. En 1877, lllm•Besant eut à souteni1' avec li!. Brndlaugh un procès qui fit un bruit énorme et qui étendit sa renommée pour ainsi dire dans le monde enlier. Les deux accusés se défendirent eux-mêmes, d'une façon admirable, contre l'accusation d'obscénité sous laquelle le gouvernement tory d'alors cherchait à ruiner leur réputation. Leur délit était d'avoir publié une brochure malthusienne d'un docteur américain, Charles Knowlton, contenant un traité médical des organes générateurs et de la grosscs:,c, suivi de divers moyens à employer pour empêcher la conception. Le hut <le cette brochure bon marché (le prix en était de 60 centimes) ctait de faire connaître aux pauvres, si imprudemment prolifiques, les moyens de limiter leurs familles et par là de diminuer les charges qui les écrasent. Finalement le jury les acquitta de toute intention obscène et le juge (qui était le Lord Chie( Jvstice) olTrit de les acquitter sur le-champ s'ils voulaient promettre <l'arrêter la vente de la brochure. Les deux accusés refusèrent de s'engager et se virent condamner à six mois de prison. Ils notifièrent qu'ils iraient en cour d'appel, furent mis en liberté sous cautio11, t:t en lin de compte i\I. Bradlaugh (qui, sans a\·oir passé par le,; écoles de d1·oit, était peut-être l'homme qui connùt le mieux le fouillis inextricable des lois anglaises), découvrit un vice de fol'll1Cdans la p1·océ<l.urequi le condamnait avec sa collaboratrice et fit casser le jugement par un arrêt de la Cour <l.'app<'I.Le ministère public n'osa pas recommencer les poursuites lors<1u'ilapprit que le résultat qu'il avait atteint avait été de faire monter la Yente de la brochure incriminée à 180,000 exemplaires au lieu des :WO qui se vendaient annuellement depuis une quarantaine d'années. La brochure fut alors 1·etirée de la circulation et M"'• Besa11t la remplaça par une autre, duc à sa plume, intitulée : Lu l1Ji de la 1iupul11lion, et qui est une exposition lucide de la loi de

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