5iG LA REVUE SOCIALISTE \Vebb, etc., font appel dans leurs écrits à la sollicitude du gouvernement en faveur des classes deshéritées. La science officielle française s'e,:,t tenue jusqu'à présent à l'écart du socialisme, mais ses principaux représentants renient totalement ou partiellement les théories composant le grand système auquel Malthus et Ricardo ont su donner une existence de près d'un siècle. JI. Th. J3inard, dans un livre intitulé: Socialisme d'hie1· cl socinlisme de demain, ré: clame l'indulgence du lecteur pour les ouvrages émanés de sa plume dans lesquels il a soutenu les entités chères à l'école. JI. Paul Leroy-Beaulieu a, de même, fait un triage sé,·ère parmi les doctrines ricardo-malthusiennes. « La célèbre loi de Ricardo, dit-il, n'a « aucune application au temps_ présent, et avec cette loi tombe le « corollaire qu'en avait donné Proudhon: la propriété, c'est le « vol. » Et dans un autre passage, il montre quelle a été la principale erreur de l'école dont il cesse d'être le disciple soumis : « li « ne faut pas considérer les phénomènes économiques comme su- « bissant l'impulsion des lois naturelles avec la docilité que mettent ~ les phénomènes physiques à obéir aux grandes lois générales. Il « y a dans les phénomènes économiques une certaine cause pertur- « batrice qui est la spontanéité humaine (1). » CliITeLeslie avait, à , propos d'une question spéciale, exprimé cette vérité sous une forme encore plus frappante: « Les bras, disait-il, ne se déplacent pas « sous l'influence des phénomènes économiques comme le liquide « sous l'inl1uence des lois de la pesanteu1·. » Telle a été, avec ses alternatives de succès et de revers, l'école économique orthodoxe depuis l'apparition des oeuvres de Ricardo et de Malthus jusqu'à nos jours. De ses trois théories: l'une, la théorie du fonds de salaires, répondait à une simple construction dialectique ; la seconde, formulée en loi par Malthus, était le produit d'une réaction violente contre les exagérations mises en honneur par les écrivains de la fin du xnu• siècle. La théorie de la rente du sol apparaissait au contraire comme la résultante d'aspirations n'ayant rien de commun avec la science pure; aussi at-elle régné incontestée tant que la bourgeoisie libérale a pu faire usage de ses formules quasi algébriques pour battre en brèche l'aristocratie foncière et lui disputer le pouvoir qu'elle n'avait pas encore pel'du, ou avait momentanément repris. On pouvait, sans trop d'injustice, accuser le gouvernement de la Restauration de rêver le rétablissement de la grande propriété telle qu'elle existait sous l'ancien régime. Les bandes noires qui achetaient à vil prix les domaines seigneuriaux pour les revendre parcelle par parcelle, ré- (l) Essai sur la répartition de, richesses, p. 198.
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