La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.I. REVUE SOCIALISTE novateurs. Il ne rompit résolument avec ses maîtres qu'au point de vue de la méthode. Disciple de Bentham, il avait longtemps considéré la sociologie comme une science exacte. « L'idée naturelle d'un « esprit supérieur, tout comme la première leçon de la vie, dira-t-il « plus tard dans ses mémoires, est qu'aucun principe, si grand qu'il « soit, ne peut contenir et résoudre à lui seul une question politique, « je dirai une question humaine. » Partant de cette donnée, il finira par s'approprier la formule de l'école historique, déjà illustrée par List et de Sismondi, et dans ses derniers écrits, il renie ouvertement la méthode de l'école physico-biologique, à laquelle se rattachent Ricardo, Malthus et la plupart de leurs disciples. Désireux de hâter la mise en pratique de ses idées, le grand philosophe fonda, en 1870, la Land tenure Re(orm Association (Associat,ion pour la réforme de la terre) et publia une sorte de manifeste dont l'article 6 était ainsi conçu : « Réclamons au profit de l'État, au moyen de l'impôt, la plus- « value graduelle du sol, pour autant qu'on puisse la constater, ou « au moins une grande partie de cette plus-value qui est la consé- « qucnce naturelle de l'accroissement de la population et de la « richesse, sans aucun effort ni dépense de la part du propriétaire, « réservant aux propriétaires le droit de céder leurs terres à l'État, « au prix courant du jour où ce principe aura été adopté par la « législature (1). » Le socialisme de Stuart Mill s'attaquait exclusivement à la propriété imrnolJilière, et se préoccupait du reste de sauvegarder le respect des droits acquis. Il laissait subsister intacte la propriété mobilière, et n'entendait toucher en rien au régime du laissez-faire. Stuart i\lill comptait sur le développement des associations coopératives, sur la liberté, par conséquent, pour la solution des antagonismes sociaux. Sa confiance, à cet égard, était inébranlable : « Je « suis convaincu, dit-il, que l'économie jndustriellc qui divise la « société en deux classes, celle qui paye les salaires et celle qui les « reçoit, ne doit ni ne peut durer indéfiniment; je suis convaincu « que la possibilité de changer ce système en un système d'union « sans dépendance, de substituer l'unité d'intérèts à une hostilité « organisée, dépend uniquement des développements futurs du « principe d'association. » Au moment où s'éteignait Stuart Mill, un célèbre publiciste avait commencé, de l'autre côté de l'Atlantique, dans le pays même de Carey et de Peshine Smith, à dresser son formidable réquisitoire (1) Citatiuu cmpl'untéc ù la Recae socialiite, 1890, p. 4~,0.

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