La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L'l~COLE ANGLAISE ET LE SOCIALISME jïl politique devint l'économie politique des salons; elle alla au cœur des heureux qui voient d'un mauvais œil un prophète de malheur venir les troubler dans lem· quiétude et leur rappeler qu'ils usurpent le bonheur d'autrui.• La sympathie publique ne pouvait du reste ne pas s'attacher à ces économistes si purs d'intention et si nobles de caractère. Proudhon, dans sa 0orre pondance, n'a-t-il pas rendu un solennel hommage il leur amour du progrès sous tontes ses formes? « '.\les critiques et moi, dit-il, nous sommes comme des « gens qui veulent abattre les angles à un polygone ; seulement, « quand l'opération sera faite, les premiers soutiennent que ce qui " restera sera toujours un polygone, tandis que je soutiens, moi, que « .ce sera un cercle. On convient de tous les abus que je signale, et « ce n'est que quand je veux générali:;er que l'on ne me suit plus. » (Lettre il .\ckermann, 16 mai 1811.) L'économie politique orthodoxe défendit vigoureusement ses po• sitions; elle prodigua l'anathème aux novateurs, étouffant leurs voix sous des protestations indignées, et les englobant presque dans la même réprobation que Proudhon, L. Blanc et les socialistes. La science française se distingua par son intolérance; elle apporta une âpreté toute particulière dans la défense de la théorie sur la rente du sol. A propos des interminables discussions qui s'élevèrent après 1851 sur la question du revenu foncier, les dissidents purent se plaindre d'avoir été condamnés sans que leur voix eût été enten· due. <( La Société et le Journal des économistes, raconte M. de « Fontenay, dans sa spirituelle préface de son livre, s'étaient, dès « 183:2,occupés de la rente foncière. Le journal, qui s'était, tout « d'abord, déclaré contre nous, nous avait laissé la parole dans les « premiers mois ; depuis, nous ne pûmes la repl·endre. Le rang « d'ordre des orateurs inscrits n'amena plus que des opinions con- « traires à nos idées : au lieu d'un débat, nous n'eûmes qu'une « simple parade et comme le défilé des forces d'un seul parti \'1). » Les économistes anglais ne se montraient guère plus cléments pom les audacieux qui refusaient d'admettre la fameuse progression de Malthus ou se permettaient de critiquer les théories de la rente du sol ou du fonds des salaires. Mais, à l'époque où nous sommes arrivés, Stuart Mill venait de publier ses principaux ouvrages, et les conditions de la guerre des doctrines se trouvaient modifiées par l'apparition d'un homme assez puissant pour couvrir de sa voix le bruit des querelles d'écoles. Stuart Mill (2) appartient à l'économie politique orthodoxe : nul (1) DE FONTEN.\Y, préface, p. l. (2) Voici, avec leur ùate, l'énumération ùes principaux ouvrages de Stuart ~Jill : Système de logique incluctice el décluctice, 1843. - De l'échange inlema-

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