La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

J,'ECOLE .\:'\GLAISE ET LE SOCIALIS)rn sorte de religion dont les grands prêtres devaient mar(tu<'r de leur sceau les enfants qui, mutilé;; abominablement, seraient privés pour l'avenir de l'honneur de fonder une famille. Ces divagations (,taient con idérées, par les fidèles de l'école anqlaise, comme la déduction exagérée d'un principe juste; nul tl"entr~ eux ne se serait avisé de les llétrir comme dl's monstruosités sanguinaires. Les écrivains qui arboraif'nt si violemment le drapeau du malthusianisme auraient cc-pendant trouvé dans les é,-rits cle leurs maitres prc\férés de ,;ages paroles de nature à refrénc-r l'c-xcès de leur zèle. Nous avons montré combien la pensée de ~Ialthus s'était modifiée avec le cour, du temps. Ricardo lui-même, après avoir exposé le mal, parait reconnaitre la possibili é d'un remède. En mettant ,;ous le yeux des dè"'héritt;'- de la fortune l'hi-;toire de leur misère présente et future, il leur laissait entre\·oir la disparition des antagonismes, réalisée dans un arnnir plus ou moins éloigné, par la modification radicale des vieilles institution.;; juridiques. Mais une importante fraction de l'école orthodoxe dt',darait trop rhèrement acheté tout perfectionnement social qui C'ùt entraîné comme consé11uence le boulen·r,ement de l'ordre établi. La grande majorité des économistes déniait, nu reste, it l'homme le pouvoir de modifier le"processu-, des phénomène-; économiquPs. Elle répétait volontit'rs avec Malthus « que les institutions humaines, <ruoiqu'elles « puissent occasionner <legrands maux, ne ~ont réellement que des « rausPs légères et superficielles, semblables aux plunws qui Ilote tent sur l'eau, encomparai~on d<'s'lource~ bien plus profon<l<'sdu ~ mal qui <lécoulent de!Slois de la nature». Partisans intransigeant,:; de la <loctrine des ignée plus tard sous le nom de doctrine physicobiologique (1l, ils fai~aient cle l'homme un instrument passif, jouet de fol'Ces irrésistible.s qui l'entrainent vers deux états de choses ne comportant pas de transition et qui sont l'extrême richesse et l'absolue misère. Le socialisme, au contraire, affirmait hautement son espoir de mettre un jour le pouvoir légal au 'lervice dr la cau-.,e des faibles, et de s'emparer du gouvernement pour lui faire jouer le rôle de redresseur de torts. Il admettait avec Ricardo et ~Ialthus que le libre jeu des lois économiques a pour effet d'accumuler aux deux pôles de la société, d'un côté l'opulence, de l'autre l'excessive pau• vreté. Mais il niait que le genre humain dùt attendre les bras croi• sés la réalisation des prophéties désolantes chères aux maitres de l'école anglaise. Le socialisme faisait sienne l'audacieuse réhabili- (1) Nous renvoyons nos 1,,ctcur, au ma;:istral exposé qu'a fait de celle doctrine ~I. Hector DENIS dans un article intitulé : 1/i.,toire des sv•tèmes t!cono11iique8 et sociali,tes. (Reoue socialiste, 1890, p. 649 et suivantes.)

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