La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE qu<'Set sociales l 1). .:-;ous trouvons la mème note chez les deux Mill et chc1.lcs ècrivains alors nombreux <1uiaspiraient à constituer un pai·ti réformateur reposant sur la large base de la philosophie de lkntham. Les dissidents eux-mêmes, à l'exception de Cobbctt, qui s'ouhlic sou,·cnt jusr1u'à l'injure, semblent demander pardon au . lecteur de chcn.:hcr à dissiper ses illusions et de mettre au jour les lacunes d'un système proclamé irréfutable. ;\Jalthus et Hicardo s'étaient faits les apùtres des mêmes théories. Le premier fut en butte à des calomnies dont l'édw s'est répercuté jusqu'à notre époque; la lin du second fut le soir d'un beau jour. ~lalthus, adoptant le langage de la polémique courante, ,;crnblait toujours voir l'hérétique derrière l'héré::,ic; il s'attaquait, non pas à des syllogismes mal déduits ou à des inductions hasardeuses, mais à God"·in et aux dis<.:iplcsqui lui faisaient alors cortège. Hicardo alTectait de se désintéresser des conclusions que les exégètes pourraient tirer de ses formules quasi mathématiques. Cet homme, qui posséda un sens si délicat des nécessités de la Yie prati<Jue et dont l'existence fut en quelque sorte le bon sens mis en action, sa,·ait mieux que tout autre s'abstraire du milieu ambiant pour se réfugier dans le monde serein de la S<.:ience.Le richissime banquier eut des jaloux, le membre de la Charnbrn des communes des ennemis, le savant ne récolta que des louanges, mitigées çà ('t là par des critiques à demi voilées. Ricardo était resté fidèle à la méthode qu'emploient tous les écrivains du xv111•siècle qui ont cherché à e:s.poscr le processus de.-, phénomènes économiques et sociaux : il faisait fi de l'expérience et abusait des raisonnements <'t J>riol'i. Malthus, se défiant de la vigueur de son esprit, se bomait le plus souYcnt à collalionner des faits, laissant au lecteur le soin de conclure. Il répudiait la méthode déductive et n'usait qu'avec timidité du procédé de l'induction. « La. « faute de Ricardo, dit avec raison Torrens, est de généraliser « trop; celle de 11lalthus, de ne pas généraliser assez. )lalthus est « un observateur sagace mais peu habile à l'analyse. Il est si c, occupé des faits qu'il néglige l'induction qui tire la conséquence (J) • En 1818,écrit Thomas de Quiurey, un ami m'envoya le li,·re de ~1. Ricardo, et, me rappelant mon anticipation prophétique de l'apparition d'un législateur pour cette science, je m'écriai aYant d'avoir terminé le premier chapitre: « Tu e, l'homme!" L'admiration cl la curiosité intcllcctuclle étaient morts en moi depuis longtemps, mais ces émotions se ré,·eillèrent ... Tous k, autres écrivains ont été accablés sous le poids des faits cl des documenb. M. llicardo seul a Jéduit à prio,·i les lois qui ont répandu un rayon de lumière sur la masse informe des matériaux, et il a changé le chaos des dbcussion, confuses en une s<::iencerégulière qui s'élève pour la première fois su,· une base élernollr. •

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