La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L'ÉCOLE: AKGLAISE ET LE SOCIALISME laires en les mettant à l'abri de l'extrême misère et en leur oITrant le pis-aller du morceau de pain dispensé par la communauté. Malthus, (< ce noir et terrible 2:énie prêt à étouffer tout espoir de l'espèce humaine, » ainsi que le qualifiait Godwin, nous apparaîtra, si nous examinons attentivement les ouvrages émanant de sa plume, comme un esprit modéré, ennemi des théories absolues et attiré vers les partisans ùcs réformes par son horreur instinctive de tout cc qui semblait consacrer le tl'iomphc ùc la force sur le droit. Il arnit, dès la seconde édition de son Essai, effacé le fameux anathème adressé à l'homme qui s'avise de naître dans un monde déjà occupé. Après avoir montré aux classes nécessiteuses ce qu'il croyait être un danger, il abandonna son rôle de prophète de malheur et se mit à rechercher, avec une ingénieuse patience, les moyens de pallier pour elles les conséquences de la transformation de l'industrie. Il justifia si peu sa réputation(< d'économiste au cœnr de bronze •, que certains détracteurs l'ont accusè d'avoir parfois écouté, au détriment de la vérité scientifique, les inspirations de la charité chrétienne. « C'est par trop de sensibilitè que péchait Malthus, ainsi s'exprime l\,llle Sophie Ra!falo\\'itch dans une très intéressante monographie SUI' le dernier ouvrage de M. James Bonar; c'est cc qui explique son horreur des machines, sa défense pour la protection. C'est par sympathie pour les ouvriers qui souffrent des transformations de l'industrie qu'il voudrait pouvoir empêcher des découvertes nouvelles (1). » Les conditions abondent dans l'œuvre de r--Ialthus, et ceci explique la diffèrcnce des points de vue auxquels se placent ses adversaires et ses apologistes. Il eut pour allié de Sismondi dans certaines de ses polémi,1ues avec des économistes peu disposés à lui pardonner d'avoir quitté de temps en temps, pour suivre son inspiration propre, la voie tracée par Adam Smith. Refusant de s'enchainer à un système, s'abandonnant aux hasards de sa dialectique, Malthus posséda toujours des amis et des ennemis dans les deux camps. C'est en 1816 que Ricardo publia ses Principes clc l'économie politique et cle l'impôt. Il s'éleva, lors de l'apparition du livre, un concert de louanges que bien peu de voix discordantes vinrent troubler. La situation personnelle de Ricardo, les illustres amitiés qu'il avait groupées autour de lui, contribuèrent puissamment à populariser des doctrines développées longtemps auparavant par des é..:rivains qui n'avaient su y attacher la consécration du succès. Thomas de Quincey, le brillant auteur des Confessions cl'ttn mangeui· cl'opium, n'est pas loin de con~idércr les Pl'incipes comme le plus grand effort de l'esprit humain dans l'ordre des sciences économi- (l) Journal des économistes, 1888, p. 318.

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