La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA HEVUE SOCIALISTE est produite par nos besoins et le gouvernement par notre méchanceté ». Il condamnait l'institution du mariage au nom de la morale et de la nature, et préconisait l'union libre, dont sa première femme, :\tarie \\"olblonecraft, avait cté l'apôtre convaincu. Esprit légèrement sceptique, il doutait néanmoins de voir jamais poindre cet âge d'or où l'homme, en venant au monde, trouvera de quoi se nourrir, se Yêtir et se loger. Aussi ne clédaignait-il pas tourner les ressources inépuisables de son imagination vers la recherche des solutions pratiques. En attendant l'avènement lointain de l'anarchie, il se déclarait partisan de toutes les mesures de solidarité sociale qui sont de nature à augmenter le nombre des naissances en débarrassant les parents du souci de l'a,·enü- de leurs enfants. Pour lui, con1111epour Rou~seau, il n'est pire disette que la disette d'hommes; la société commet un véritable crime en limitant l'elîet des lois naturelles qui portent l'homme à procréer et l'humanité à s'accroître. Cc sont les théories que Shelley développera plus tarrl, en vers d'une beauté magique, dans ses poèmes de lit Reine M«u et de Laon et Cul/ma, et dans les passages du J>1·ollt1;t/1ée clélivl'é où il célèbre la victoire définitive de la lumière sur les ténèbres. Ces idées, même présentées sous une forme dogmatique, avaient eu un rapide écho en Angleterre. Il ne pou,·ait en être autrement dans un pays où les pauvres ont étc de tout temps portés i1 se reposer sur la société du soin de leur subsistance, et où les workhouses, malg1·él'atrocité <leleur régime intérieur, tt-ou,·cnt encore ùes malheureux disposés à franchir leur seuil. Pitt lui-même parut un instant ébranlé. Il projetait d'étendre l'application des poor-laws, éloquemment défendues par <.:odwin, et de faire attribuer à chaque indigent la propriété <l'une vache. Peut-être convient-il de faire remonter au célèbre homme d'État la paternité du projet de loi sur les alloteme1tt~, récemment di,;cuté à la Chambre des communes (1). Ces timides essais de réforme,; ,·inrent naturellement :,e briser contre la ré,;istance opiniàtrc de tou:, les partisans de l'ordre social établi. ~falthus entm résolument en lice. Trounmt dans le livre de Godwin « l'arc trop tendu d'un côté, il s'elîon;a <le le tendre <lel'autre », employant ùes formules absolue:, ùans le but de rendre sa démonstration plu,; saisissante pour le lecteu1·. Peu porté à l'ab-,traction philosophique, il s'était a,·ant tout propo,;é de faire œuvr0 pratique; son intention hautement avouée était de hâter l'abrogation <l'un régime <[Uiencourageait, :,elon lui, l'imprévoyance de:; classes popu- (1) Le texte clc la loi clu 16 ~cptcmbrc 18.~7 sur les ,\llotements a été reproduit dans l',\an,wire de léfjisl<ttion étre<nf1i:re pow· 1888, pulili6 pa1· la Sociétè de législation c-omparéc, avec un remarquai.ile commentaire de ~I .. \lcide Darras, docteur en droit.

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