J;ÉCOLE A:-IGL.\ISE Er LE SOCI.\LIS~IE Jlll sont éparse;; <lans les écrits de i\Ialtlms .. \. cet écrivain revient l'honneur d'avoir formulé aYec une rigueur inexorable la prétendue loi qui condamne l'humanité à mourir de faim sur un globe trop pat·cimonieuscment poun·u de moyens de subsistances. Il emprunte à \V<'St et à Anderson la théorie de la rente du sol, et répète avec Turgot que le salaire <le:;ouvriers ne saurait dépasser le strict nécessaire à l'entretien de leur force musculaire. i\Iais, dans l'histoire de l'école anglaise, :\Ialthus ne vient qu'au second rang, éclipsé en quelque sorte par l'auteur des I'1·incipPs de l'économie p0litir 1ue cl de l'impôt. Ricardo, s'emparant des idées dont son illustre devancier s'était fait le protagoniste, sut, en cITct, en tirer pa1 , pout· construire un ensemble harmonique et fixer, avec une logique en apparence irréfutable, les r0gles sur lesquelles devait s'échafauder une nouvelle science des richcs,:,cs. Bien diITérent fut l'accueil que reçurent les œmTcs des deux grands économistes. C'est en 1ï\J8 que Malthus publia le famett,x Essai sui· le p1·incipe de la 11opulalion. L'auteur assombrissait, comme à plaisir, les couleurs de son tableau; sorte d'Ilolbein de l'économie politique, il faipit défiler devant le lecteur la danse ma• cabre de toutes les misères présentes et futures. Xombre d'économistes et de philosophes élevèrent la YOixpour flétrir au nom de la morale des idées que .:-.Ialthusexposait telles qu'elles venaient à son esprit, sans chercher à les masquer sous des artifices de langage. Devançant l\I. James Bonar \1), certains détracteurs accusèrent vivement le professeur du collège d'Ailesbury d'aYoir ·enlévé toute poésie à l'existence et répété un dur sermon sur ce vieux thème: « Vanité des Yanités, tout n'est que vanité. » On le dénonça comme le défenseur de la petite vérole et de l'infanticide, et lui fit une place à côté de Tamerlan et de Bonaparte sur la liste des ennemis du genre humain. Ces anathèmes paraîtront empreints d'exagération à quiconque se donne la peine de réfléchir que l'auteur de !'Essai sui· le principe de la population écrivit son ouvrage à un âge où l'on voit volontiers dans ses propres idées l'expression de 1a·vérité scientifique. Il passa, au surplus, le reste de sa vie à se corriger et à se reprendre. Dans les passages de sa correspondance où il expose la genèse de son système, il laisse entendre qu'il ne s'est hasardé à choquer les idées reçues que mû par le désir d'éclairer ses contemporains sur le danger des théories professées par Godwin. L'éloquent auteur de lei Justice politique s'était posé en champion des doctrines anarchistes et répétait à satiété cet aphorisme de Thomas Payne, que« la société (1)M. James Bonar est l'auteur d'un livre intitulé : Malthus and his icorlr, publié par la librairie Macmillan- et C•, Londres, 1885, 86
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